Cette espèce, bien connue sous le nom vulgaire de « Bouillon-blanc », est très commune dans la plupart des contrées de notre Flore. C'est une plante dont la taille peut varier de 30 cm à 2 mètres, toute couverte de poils cotonneux persistants, jaunâtres, verdâtres ou blanchâtres, qui croît dans les endroits incultes, dans les taillis, au bord des champs ou des chemins et sur les talus. Ses fleurs, d'un jaune pâle, plus rarement blanches ou verdâtres, s'épanouissent depuis le mois de juin jusqu'au mois de novembre et parfois encore en hiver.
Les feuilles sont épaisses, un peu veloutées au toucher, diversement crénelées sur les bords, les inférieures avec pétiole, les supérieures sans pétiole et à limbe se prolongeant plus ou moins sur la tige par sa base. Les fleurs sont disposées en un long épi compact, rarement en plusieurs et chacune d'elles est sur un pédoncule à peine distinct. Le calice est cotonneux, long de 7 à 12 millimètres, à divisions qui sont séparées entre elles jusqu'aux deux tiers de la longueur totale du calice, lequel, à la maturité, dépasse les trois quarts de la longueur du fruit. La corolle, dont les dimensions peuvent varier du simple au double, mesure de 14 à 26 millimètres de largeur et l'ensemble de ses lobes est concave ou parfois plus ou moins plan ; les corolles tombent assez facilement si l'on donne un choc à la tige. Les trois étamines courtes ont ordinairement leurs filets poilus, blanchâtres et laineux, tandis que les deux étamines longues, dont les anthères sont en forme de haricot et insérées obliquement, sont à poils peu nombreux ou sans poils (rarement, les étamines sont toutes à filets sans poils). Le fruit mûr est ovoïde, non aigu au sommet.
C'est une plante plurannuelle, c'est-à-dire pouvant vivre plusieurs années, mais qui est souvent bisannuelle ou même annuelle dans les terres fertiles ; la tige est robuste et ailée par les prolongements des feuilles. Lorsque la tige a été brisée accidentellement, on voit souvent se développer des rameaux latéraux et ceux-ci ont quelquefois des feuilles dont le limbe ne se prolonge pas ou presque pas sur la tige. (On a décrit des exemplaires à plusieurs tiges soudées entre elles dans leur longueur ; d'autres à fleurs verdies ou à fleurs sans corolle ; en quelques cas anormaux, les fleurs ne sont pas construites sur le type 5). Le type principal se reconnaît à ses feuilles dont le limbe se prolonge d'une feuille à l'autre, au moins d'un côté, et à son inflorescence en épi, non rameuse.
Noms vulgaires. En français : Bouillon-blanc, Molène, Mollène, Bonhomme, Bouillon-mâle, Herbe-à-bonhomme, Herbe-de-St-Fiacre, Cierge-de-Notre-Dame. En allemand : Weisses-Wollkraut, Himmelsbrand, Fackelkraut, Feldkerze, Himmelsfackel, Königswollkraut. Johanniskerze. En flamand : Toortsen, Toortskruid, Wolkruid, Kerskruid, Koningskaars, Koningskandelaar, Hemelbrand, Arons-staf. En italien : Barabasco, Candela-regia, Tasso-barbasso, Verbasco-maschio, Guaraguasco-maggiore. En anglais : Mullein, Candle-Mullein, White-Mullein, Aaron's-rod, Adam's-flannel, Blanket-leaf, Cow's-lungwort, High-taper, Jacob's-staff, Shepherd's-club, Torches.
Usages et propriétés. Les feuilles, desséchées, ont été employées autrefois pour fabriquer des mèches de lampe. Les tiges, sèches, servent parfois à chauffer les fours, dans les campagnes. Les fleurs fournissent une teinture jaune assez peu solide. Cultivé comme plante ornementale pour décorer les endroits agrestes, les rocailles, les plates-bandes. Les fleurs sont visitées par les abeilles qui y récoltent un nectar d'assez bonne qualité. Les feuilles sont utilisées pour faire des cataplasmes émollients et sont adoucissantes. Les fleurs entrent dans la composition de la « tisane des quatre fleurs ». La plante renferme une substance amère, amorphe ; le pollen contient de la carotine. On a extrait du fruit une saponine ; il n'existe dans les graines aucun alcaloïde.
Distribution. Peut s'élever, dans les Alpes, jusqu'à plus de 1.500 m d'altitude. France : très commun ou commun en général, exceptionnellement assez rare dans certaines régions, comme dans l'Hérault par exemple. Suisse : commun. Belgique : commun ou assez commun dans les Régions houillère et jurassique ; assez rare ou rare ailleurs.
Europe : presque toute l'Europe. Hors d'Europe : Sud-Ouest de l'Asie, Himalaya ; naturalisé en Algérie, en Tunisie ; naturalisé en Amérique.
On a décrit 1 race, 3 variétés et 2 sous-variétés de cette espèce ; on a décrit aussi 1 hybride entre cette espèce et l'espèce Verbascum floccosum, ainsi que 3 hybrides avec l'espèce Verbascum Lychnitis ; la race et les 3 variétés sont les suivantes :
V. montanum Schrad. (M. des montagnes)
Feuilles dont le limbe se prolonge à la base, des deux côtés de la tige, sur environ la moitié de la distance entre deux feuilles. (Çà et là, très inégalement distribué ; par exemple : commun dans le bassin du Rhône, assez commun en Suisse, très rare aux Environs de Paris, dans l'Ouest ; etc.).
Variété dubium Grenier (douteuse)
Feuilles dont le limbe se prolonge à sa base sur environ les deux tiers de l'intervalle entre deux feuilles. (Çà et là, rare ou assez rare).
Variété subviride Lloyd et Foucault (presque verte).
Feuilles dont le limbe se prolonge tout le long de l'intervalle entre deux feuilles ; inflorescence rameuse à la base ; les 2 étamines inférieures ont les filets poilus seulement jusqu'aux deux tiers de leur longueur ; plante recouverte d'un duvet cotonneux assez peu abondant. (Çà et là).
Variété glabrum Cariot et Saint-Lager (à filets glabres).
Filets des 5 étamines tous dépourvus de poils. (Rare).