Cette grande plante, qui peut atteindre jusqu'à 2 mètres de hauteur, est poilue-glanduleuse, à fleurs rosées ou d'un vert-rougeâtre, qui se montrent depuis le mois de juillet jusqu'au mois de septembre.
Les feuilles sont sans pétiole, ovales-allongées, aiguës à leur sommet, embrassant à moitié la tige par leur base et leur limbe se prolonge assez souvent le long de la tige. Le calice est à divisions aiguës. La corolle a 5 à 6 fois la longueur du calice, son tube est très allongé et assez brusquement renflé en entonnoir au-dessous de sa partie étalée dont les lobes ont une forme un peu triangulaire. Le fruit mûr est ovoïde, un peu plus long que le calice persistant.
C'est une plante annuelle, à odeur désagréable, à tige dressée, rameuse, à racine principale développée. (On a décrit d'assez nombreuses anomalies de cette espèce : feuilles en cornet ; nervures anormales ; fleurs irrégulières présentant une symétrie par rapport à un seul plan ; fleurs développées en un tube fermé ; fleurs à plus de 5 sépales, plus de 5 pétales, plus de 5 étamines ; etc.).
Noms vulgaires. En français : Tabac, Grand-Tabac, Tabac-vrai, Tabac-mâle, Tabac-à-larges-feuilles, Tabac-de-Floride, Herbe-de-l'ambassadeur, Herbe-du-grand-prieur, Herbe-à-la-reine, Herbe-de-Ste-Croix, Herbe-de-Tornabon, Tornabone, Jusquiame-du-Pérou, Herbe-sacrée, Herbe-sainte, Panacée-antarctique, Panacée-universelle, Pontiane, Herbe-à-tous-maux. En anglais : Tobacco, Common-Tobacco, True-Tobacco, American-Tobacco. En allemand : Tabak, Grosser-Tabak, Breitblättriger-Tabak, Amerikanischer-Tabak, Koniginkraut, Kraut-der-Heiligen-Kreuzes, Peruanisches-Wundkraut. En flamand : Tabak, Gewone-Tabak, Koninginnekruid, Peruviaansch-Bilsenkruid. En italien : Tobacco.
Usages et propriétés. Le « tabac » préparé par la fermentation des feuilles de cette espèce était fumé depuis des siècles par les indigènes de l'Amérique, lors de la découverte du Nouveau-Continent par les Européens, ainsi que le prouve la découverte de pipes dans les sépultures les plus anciennes d'Amérique. Le missionnaire espagnol Eomano Pane en avait envoyé des graines à Charles-Quint, puis Fernandez de Oviedo a ensuite contribué à l'introduction du tabac en Espagne. Un peu plus tard, en 1556, le Français André Thivet l'avait apporté du Brésil en France ; mais ce fut Jean Nicot, ambassadeur de François II en Portugal, qui fit le mieux connaître cette plante en Europe, de façon à en propager la culture et l'usage. Les graines importées par Nicot provenaient de l'île de Tabago, d'où le nom de « Tabac ». Connue aussi sous le nom de « Nicotiane » ou d'« Herbe-à-1'ambassadeur », l'espèce fut nommée aussi « Herbe-du-grand-Prieur », parce qu 'elle fut présentée au Prieur François de Lorraine, et aussi sous le nom d'« Herbe-à-la-reine » parce que Nicot l'offrit à Catherine de Médicis comme préservatif de la migraine. D'autre part, le Cardinal de Sainte-Croix et Nicolas Tornabon introduisaient cette plante en Italie ; d'où les noms d'« Herbe-de-Sainte-Croix » et de « Tornabone ». Le tabac se fume, se prise et se mâche. La décoction des feuilles de cette espèce additionnée de sulfate de cuivre et de potasse fournit une teinture d'un beau vert. Le jus de tabac est employé pour détruire les pucerons qui attaquent les plantes d'ornement ; la poudre de tabac est aussi employée comme insecticide, et l'odeur du tabac préserve des mites les étoffes de laine. La fumée de tabac, produite en grande quantité dans les serres, détruit les insectes nuisibles aux plantes qui y sont cultivées. Quelquefois, les maquignons qui veulent vendre un cheval ombrageux, l'endorment légèrement en lui faisant absorber un peu de tabac en suspension dans l'alcool, afin de dissimuler les vices de l'animal. Cultivé comme plante ornementale ; il en existe des variétés horticoles ; par exemple : le « Tabac géant à grandes fleurs pourpres » qui est très souvent cultivé ; la variété « fruticosa » à fleurs rosées et à tiges un peu ligneuses vers la base ; la variété « macrophyllum » à très grandes feuilles, etc. Le Tabac est très vénéneux, mais, à faible dose, l'espèce a été employée en médecine. Considérée autrefois comme une panacée, la plante entrait dans le traitement de toutes les maladies, d'où ses noms d'« Her-be-à-tous-maux » et de « Panacée universelle ». Prise à l'extérieur, la poudre de tabac est, comme on sait, sternutatoire, et on en fait usage aussi contre la gale et les maladies de la peau. A l'intérieur, c'est un remède dangereux, usité parfois contre les constipations, etc. On s'en sert en médecine vétérinaire pour faire une pommade contre les insectes qui attaquent la peau des animaux. Les feuilles renferment un alcaloïde toxique, la nicotine dans une proportion qui varie de 0,6 à 0,9 % (en proportion moins forte dans les feuilles de tabac qui ont subi la fermentation), et une huile volatile, la nicoteïne ou « essence de Tabac » ; cette essence n'est pas toxique et communique son arôme au tabac ; les feuilles contiennent encore de la nicotelline, de la nicotinine (isomère de la nicotine) et de la pyrolidine, qui sont aussi des alcaloïdes ; on y trouve en outre de l'acide malique, de l'acide citrique, de l'acide nicotinique, de l'asparagine, un sucre non fermentescible, le tabacose (8 à 13 pour cent), une cire dite « cire du Tabac », de la carotine, etc. Il existe dans les graines 0,5 % de nicotine, de la solanine, de l'essence de tabac, des sucres, etc. Les cendres de la plante entière donnent, pour cent : 28 à 50 de chaux ; 18 à 40 de potasse ; 1,5 à 15 de magnésie ; 2 à 10 d'acide phosphorique ; 0,8 à 18 de silice ; 2,7 à 6 d'acide sulfurique ; 1,3 à 13 de sesquioxyde de fer ; 1,3 à 8,6 de soude ; 0,5 à 8 de chlore. La nicotine est très toxique ; il suffit de 10 centigrammes de nicotine pour tuer un chien. Très vénéneux.
Distribution. Peut être cultivé jusqu'à une altitude de 600 m sur les montagnes. France : cultivé en grand et parfois subspontané. Suisse : rarement cultivé (vallée de la Broie, etc.) et très rarement subspontané. Belgique : cultivé et quelquefois subspontané.
Europe : cultivé et subspontané. Hors d'Europe : Amérique tropicale ; çà et là subspontané ailleurs.