Cette espèce, dont les formes sont très nombreuses, peut s'attaquer aux plantes les plus variées, et est répandue dans toute l'étendue de notre Flore. Toutes ces formes ont les caractères communs suivants. Les tiges, extrêmement fines, sont rameuses, lisses, et d'une longueur indéfinie.
Les fleurs blanches, jaunâtres, rosées, ou lilacées, se montrent depuis le mois de juin jusqu'au mois de septembre et parfois encore en octobre. Elles sont disposées en groupes globuleux, serrés et chaque fleur est sans pédoncule distinct (très rarement à court pédoncule). Le calice est à 5 divisions plus ou moins aiguës dans leur partie supérieure. La corolle est à 5 lobes aigus ou en pointe au sommet, et les 5 écailles situées à son intérieur sont très développées et ferment plus ou moins complètement le tube de la corolle ; ces écailles sont arquées et elles sont frangées sur les bords. Les étamines sont toujours visibles à l'extérieur de la fleur. L'ovaire porte deux styles distincts qui se terminent chacun par un stigmate allongé et étroit, à peu près de la même longueur que le style ou plus long. Le plus souvent, ces styles (y compris les stigmates) sont plus longs que l'ovaire, rarement un peu plus courts. Le fruit est globuleux et s'ouvre régulièrement en travers.
Ce sont des plantes annuelles dont le développement est assez analogue à celui de l'espèce Cuscuta monogyna. (On trouve des exemplaires ayant des fleurs à 4 sépales, 4 pétales, 4 étamines ; parfois l'on remarque aussi des fleurs à 6 sépales, 6 pétales, 6 étamines ; quelquefois, les fleurs ne s'ouvrent pas (fleurs cleistogames) et la pollinisation des stigmates se fait à l'intérieur de la corolle close). Le type principal se reconnaît à son aspect rougeâtre, à ses fleurs d'un blanc-rosé, au calice en forme de cloche et dont les divisions, aiguës au sommet, mesurent environ les trois quarts de la longueur totale du calice, aux groupes de fleurs qui ont de 6 à 10 millimètres de largeur, aux styles (y compris les stigmates) beaucoup plus longs que l'ovaire, aux écailles intérieures de la corolle très rapprochées et fermant le tube de la corolle, séparées entre elles à leur base par un intervalle étroit et aigu.
Noms vulgaires. En français : Teigne, Cheveux-du-Diable, Cheveux-de-Vénus, Angourre. En anglais : Small-Dodder, Devil's-guts, Fairies'-hair. En allemand : Teufelsbart, Filzkraut, Seidenkraut. En flamand : Klein-Warkruid, Reuwe, Kleinste-Schorfte. En italien : Epitimbra, Epitimo, Pittimo.
Usages et propriétés. La race Cuscuta Trifolii est un fléau pour les cultures de Trèfles et de Luzerne ; la plante parasite se développe dans les pièces de terre occupées par ces plantes fourragères qu'elle étouffe, et y forme de vastes cercles, détruisant parfois des champs tout entiers. On cherche à s'en débarrasser soit en coupant et en brûlant sur place les types attaqués dès l'apparition de la Cuscute, soit au moyen de cribles spéciaux servant à séparer les graines de Cuscute de celles des plantes fourragères, avant d'ensemencer une nouvelle culture. En Suède, les habitants des campagnes ont parfois employé cette plante pour teindre les étoffes en une couleur d'un pourpre peu intense. La plante est apéritive, antiscorbutique, purgative. La plante entière contient du tanin, des gommes et un glucoside spécial, la cuscutine ; les cendres renferment, pour cent : 39,2 de potasse et 26,7 d'acide sulfurique.
Distribution. Parasite sur des plantes très diverses et peut se rencontrer jusqu'à plus de 2.000 m d'altitude ; les plantes attaquées le plus souvent appartiennent aux genres suivants : Erica, Calluna, Trifolium, Medicago, Polygala, Helianthemum, Genista, Ulex, Poterium, Achillea, Thymus, Betonica, Teucrium, Juncus, etc. Dans le Midi, on trouve assez souvent cette Cuscute sur les Artemisia, les Centaurea, les Helichrysum ou sur les Satureia montana, Lavandula vera, Hyssopus officinalis, Galium corrudaefolium, Eryngium campestre, Dorycnium suffruticosum, Jasminum fruticans, etc. ; dans les montagnes, la plante est parasite sur les Genista pilosa, Hyssopus officinalis, Silène saxifraga, Laserpitium gallicum, Arenaria laricifolia, Saponaria lutea, Satureia montana, etc. ; on voit aussi parfois cette Cuscute se développer sur les Thesium, qui sont elles-mêmes des plantes parasites. France: commun ou très commun, en général dans toutes les contrées ; commun en Alsace. Suisse : commun ou assez commun. Belgique: assez commun dans la région houillère ; rare ailleurs.
Europe: presque toute l'Europe sauf la zone arctique. Hors d'Europe: Ouest et Sud-Ouest de l'Asie, Altaï ; Nord de l'Afrique ; naturalisé en Amérique.
On a décrit 2 sous-espèces, 2 races et 6 variétés de cette espèce. Les 2 sous-espèces et les races ou variétés les plus intéressantes sont les suivantes :
C. trifolii Babington (C. du Trèfle)
Tiges d'un blanc jaunâtre, s'étendant en formant des cercles assez réguliers, et détruisant complètement les plantes qu'elles atteignent ; fleurs le plus souvent blanchâtres, rarement d'un blanc rosé ; calice en cône renversé, à divisions qui ont environ la moitié de la longueur totale du calice et présentant à sa base 5 petites bosses qui correspondent aux intervalles entre les divisions du calice ; corolle un peu en forme de cloche à 5 lobes aigus, à 5 écailles intérieures qui ne ferment pas complètement le tube de la corolle, séparées entre elles, à leur base, par 5 intervalles plus larges qu'elles-mêmes et qui sont très obtus. (Parasite sur les Trèfles, la Luzerne (Medicago sativa) et sur quelques autres plantes fourragères de la famille des Papilionacées).
C. alba Prèsl. (C. blanche)
Fleurs blanches ou un peu jaunâtres, réunies par très petits groupes qui ne mesurent que de 2 à 4 mm de largeur ; calice à divisions très peu aiguës ; lobes de la corolle dont la pointe est émoussée tout-à-fait à leur sommet ; étamines à peine saillantes ; styles (y compris les stigmates) un peu plus courts que l'ovaire ; tiges blanchâtres. (Midi de la France).
C. planiflora Ten. (C. à lobes étalés).
Tiges souvent rougeâtres ; groupes de fleurs mesurant de 5 à 10 mm de largeur ; calice à 5 divisions élargies, presque obtuses, marquées d'une division en dessous ; corolle à 5 lobes terminés chacun par une pointe, très étalés, munis d'une nervure en dessous ; étamines saillantes, très visibles de l'extérieur ; écailles intérieures de la corolle très profondément frangées. (Çà et là dans le Midi et une partie du Centre de la France).
Variété Kotschyi Engelmann (de Kotschy)
Fleurs lilacées ; tiges rouges ou rougeâtres ; corolle à lobes très aigus et étroits ; fleurs groupées par 2 à 6 en groupes mesurant de 5 à 7 mm de largeur. (Alpes, Midi et Sud-Ouest de la France, Pyrénées).