Cette grande et belle plante, qui peut atteindre 1 à 2 mètres de hauteur, est l'une des espèces les plus caractéristiques de la zone subalpine, bien que l'on puisse parfois la rencontrer à des altitudes plus inférieures. Sur les pentes des montagnes, dans les prairies ou les bois, on voit, de juin en août, se dresser de place en place ses hautes et robustes tiges à feuilles amples et d'un vert clair, portant dans leur partie supérieure les groupes superposés de grandes fleurs jaunes, nombreuses, assez serrées les unes contre les autres. Plus tard, à la fin de l'été ou en automne, dans les forêts, dans les endroits abrupts ou encore dans les prairies qui n'ont pas été fauchées, on aperçoit encore de loin ces mêmes tiges feuillées, mais blanchâtres et chargées de fruits d'une teinte analogue.
Les feuilles sont très largement ovales, et présentent 5 ou 7 nervures principales qui tendent à se réunir vers le sommet de la feuille. Les feuilles moyennes et supérieures sont sans pétiole et embrassent la tige par leur base ; les feuilles inférieures ont un pétiole aplati. Les fleurs sont placées sur des pédoncules assez allongés et groupées en inflorescences qui forment en apparence des verticilles successifs au-dessus de chaque paire de feuilles, environ dans la moitié supérieure des tiges florifères, parfois même plus bas encore que le milieu de ces tiges. Le calice, de consistance membraneuse, ressemble à une bractée et est comme fendu d'un côté. La corolle épanouie est en forme d'étoile, avec 5 à 9 lobes ovales-allongés et aigus, étalés. Les anthères sont très étroites et libres entre elles. Le nectaire est disposé en un anneau à la base de l'ovaire. Le fruit est ovoïde et se termine en une pointe étroitement conique et surmontée par les 2 stigmates persistants, enroulés en dehors.
C'est une plante vivace, d'un vert clair et un peu glauque, dont la tige devient très creuse à l'intérieur ; avant même la floraison, la moelle est déjà en grande partie résorbée aux niveaux des insertions des paires de feuilles. La tige souterraine est courte et épaisse et porte une longue racine charnue. On voit souvent au milieu des pieds fleuris de cette plante d'autres pieds, plus nombreux, qui ne donnent pas de tige florifère ; cela tient à ce que chaque plant de Gentiane jaune, après avoir fleuri pendant une saison, reste quelques années sans présenter de tige. Les plants non fleuris ne produisent alors que des rosettes de feuilles, et lorsque ces rosettes sont très développées et vigoureuses, elles forment une pousse dressée qui ressemble à une tige, mais qui, en réalité, est constituée par les gaines superposées des feuilles pétiolées ; au milieu de cette fausse tige se trouve un bourgeon enveloppé par la gaine la plus intérieure ; c'est ce bourgeon qui évoluera l'une des saisons suivantes pour produire une nouvelle tige florifère. (Les fleurs sont parfois à étamines plus nombreuses et à lobes de la corolle également plus nombreux ; il peut y avoir plus de 2 carpelles, mais en général les carpelles surajoutés sont opposés aux carpelles normaux et non alternes avec eux ; on observe parfois des parties saillantes le long des nervures des feuilles ; quelquefois, on trouve une plante sans tige développée ne produisant qu'une seule fleur sur un long pédoncule, au milieu d'une rosette de feuilles : variété uniflora DC.).
Noms vulgaires. En français : Grande-Gentiane, Gentiane-jaune. Quinquina-indigène. En italien : Genziana-maggiore. En anglais : Yellow-Bitterwort, Yellow-Gentian. En allemand : Gelber-Enzian, Bitterwurz. En flamand : Gele-Gentiaan, Groote-Gentiaan.
Usages et propriétés. On arrache les racines de cette espèce à l'aide de pioches particulières munies d'un long manche, soit pour la pharmacie, soit pour la fabrication d'une eau-de-vie spéciale. Pour préparer cette boisson alcoolique, on coupe les racines en menus morceaux, puis on les écrase légèrement et on les place dans de l'eau chaude qui remplit des cuves évasées, de forme appropriée, où se produit la fermentation. L'eau-de-vie de Gentiane, ainsi obtenue, malgré son goût prononcé, est très recherchée des montagnards dans plusieurs contrées du Jura, de la Savoie et de la Suisse ; lorsqu'on laisse longtemps vieillir cette eau-de-vie, son goût est moins fort et devient légèrement sucré. La plante a été parfois employée pour le tannage ; elle fournit une teinture brune lorsqu'on y ajoute du sulfate de fer. Les feuilles sont quelquefois utilisées pour transporter les fromages. Les bestiaux ne broutent pas la plante ; après qu'on les a fait paître dans un pâturage sous-alpin, on peut constater que tous les pieds de Gentiane jaune sont restés intacts. La racine amère de cette espèce est un des meilleurs remèdes d'origine européenne comme tonique, fébrifuge et antiseptique ; on s'en est servi contre les fièvres intermittentes, la dyspepsie et la gangrène. L'eau-de-vie de Gentiane est vermifuge. La racine renferme un trisaccharide, la gentianose, de la gentiose qui dérive du corps précédent, du saccharose, de l'invertine, du dextrose et du lévulose ; un glucoside, la gentiopicrine ; une substance amère, la gentianine, du tanin, des gommes, des substances pectiques. La racine contient pour cent : 5 à 6 de substances grasses et 12 à 15 de sucres.
Distribution. Peut croître, en général, sur les terrains les plus variés, cependant manifeste quelquefois des préférences ; c'est ainsi que dans les Vosges l'espèce prospère sur les terrains siliceux, dans l'Aveyron sur les terrains siliceux et basaltiques, et qu'elle préfère, au contraire, les terrains calcaires en Suisse ; le plus souvent, l'espèce est limitée entre 800 m et 1.800 m d'altitude, et atteint jusqu'à 2.400 m en Suisse ; mais on peut la voir parfois descendre à de plus basses altitudes ; par exemple jusqu'à 450 m dans le Valais, jusque vers 300 m dans le Jura, jusqu'à 290 m dans la Côte-d'Or ; ordinairement limité de 1.000 à 1.400 m dans les Vosges, de 800 m à 1.260 m dans le Tarn, de 800 m à 1.400 m dans l'Aveyron ; dans le Jura, l'espèce peut s'élever jusque dans la-zone alpestre, au-dessus des sapins. France : Vosges (principalement entre le Ballon de St-Maurice et jusque vers Sainte-Marie-aux-Mines) ; commun dans le massif jurassien ; montagnes du Bugey et du Lyonnais ; assez commun en Auvergne et dans la partie haute de la Corrèze ; assez rare dans la Haute-Vienne ; Aube, Côte-d'Or, Creuse ; Bourgogne ; Alpes ; Mont Ventoux ; montagnes de Provence (Le Défens, La Martre, montagne de Lure, Forêt de Faillefeu au-dessus de Prades, etc.) ; Cévennes, Corbières, Pyrénées. Suisse : commun ou assez commun, mais tend à se raréfier dans les localités où l'arrachage s'est produit d'une manière intense ; manque dans les cantons de Genève, de Thurgovie et d'Argovie.
Europe : Europe centrale et parties montagneuses de l'Europe méridionale. Hors d'Europe : Asie-Mineure.