Cette plante est en général commune ou très commune dans les endroits cultivés ou sablonneux de toutes les contrées de notre Flore. Les fleurs rouges ou bleues (parfois blanches, couleur-de-chair, lilacées, violacées ou verdâtres) s'épanouissent depuis le mois de mai jusqu'au mois de novembre.
Les feuilles sont opposées (rarement verticillées par 3 à 6 dans le haut des tiges), sans pétiole, ovales ou ovales-allongées, étalées, marquées de ponctuations noires sur la face inférieure, sans poils, présentant 3 à 5 nervures principales. Le calice est à divisions très aiguës et membraneuses sur les bords. La corolle est à 5 lobes très étalés, finement crénelés ou ciliés-glanduleux sur leur contour ; cette corolle mesure environ 6 à 10 millimètres de largeur lorsqu 'elle est complètement ouverte. Le fruit mûr est à peu près de la même longueur que le calice persistant qui l'entoure. Les tiges sont un peu couchées puis redressées ou étalées ; les fleurs sont isolées sur des pédoncules qui égalent ou dépassent les feuilles à l'aisselle desquelles elles se développent ; ces pédoncules s'étalent plus ou moins sur la feuille voisine après la floraison, puis se recourbent ensuite et ramènent le fruit à la surface inférieure de cette même feuille. Par la grande chaleur et à une bonne exposition, chaque fleur ne dure qu'un jour ; à l'arrière-saison, les fleurs qui se sont épanouies dans l'après-midi se ferment le soir et se rouvrent le lendemain matin ; il en est de même dans les endroits exposés au Nord.
C'est une plante annuelle qui devient plurannuelle (c'est-à-dire pouvant vivre plusieurs années) ou même vivace lorsqu 'on la cultive à de grandes altitudes (G. Bonnier) ; on l'observe quelquefois ainsi dans les Alpes à l'état naturel (Anagallis repens DC.), par exemple dans les Basses-Alpes et en Suisse. (On a décrit des fleurs à la fois verdies et anormales présentant 5 pièces herbacées plus ou moins distantes les unes des autres ou à corolle verdie et presque avortée avec un axe feuille se développant à la place du pistil, etc.).
Noms vulgaires. En français : Mouron, Morgeline, Morge-line-d'été, Menuet, Miroir-du-temps, Menuchon, (Mouron-mâle pour la sous-espèce A. phoenicea et Mouron-femelle pour la sous-espèce A. caerulea). En anglais : Common-Pimpernel, Poison-Chick-weed, Shepherd's-Weather-Glass (Male-Pimpernel pour la sous-espèce A. phoenicea et Female-Pimpernel pour la sous-espèce A. caerulea). En allemand : Gemeiner-Gauchheil, Colmarkraut, Korallenblümchen, (Gauchheilmännchen pour la sous-espèce A. phoenicea et Gauchheilweibchen pour la sous-espèce A. caerulea). En flamand : Akker-Basterdmuur, Muurkruid, (Guichelheil-Manneken pour la sous-espèce A. phoenicea et Guichelheil-Wijfje pour la sous-espèce A. caerulea). En italien : Anagallide, Bellichina, Mordi-Gallina, Terzanella.
Usages et propriétés. Cultivé comme plante ornementale ; on en connaît diverses variétés horticoles, par exemple : « rosea », à fleurs nombreuses, grandes, couleur-de-chair ; « alba », dont les fleurs sont blanches mais jaunes au centre, etc. Plante âcre, vulnéraire, astringente, qui a été utilisée contre la phtisie et recommandée à tort autrefois contre la rage ; les graines sont légèrement vénéneuses et ont un effet toxique particulier sur les oiseaux pour lesquels elles sont très vénéneuses ; aussi ne faut-il pas confondre le Mouron-des-champs (Anagallis arvensis) avec le Mouron-des-oiseaux (Stellaria média) dont les graines sont au contraire recherchées par les oiseaux. La plante contient une saponine et une diastase la primevérase ; la racine renferme de la cyclamine ; dans les cendres, on trouve pour cent : 20,5 de chaux ; 10,8 de silice ; 6,1 de sesquioxyde de fer.
Distribution. Peut se trouver jusque dans les champs cultivés les plus élevés des montagnes. France, Suisse et Belgique : commun ou très commun.
Europe : toute l'Europe. Hors d'Europe : contrées tempérées de tout le globe.
On a décrit 2 sous-espèces dont l'ensemble forme cette espèce de premier ordre ; on a décrit aussi 2 races et 10 sous-variétés. Les deux sous-espèces et les diverses formes intéressantes sont les suivantes :
A. phoenicea Scop. (M. rouge). Nom valide : Anagallis arvensis subsp. arvensis
Plante d'un vert clair ; pédoncules des fleurs ayant en général 2 ou 3 fois la longueur des feuilles (rarement plus courts) ; feuilles obtuses ; corolle rouge (rarement d'une autre couleur, mais jamais bleue) ; fruit globuleux, luisant, ordinairement marqué de 5 stries. (Commun ou très commun).
Sous-variété carnea Dumortier (couleur-de-chair)
Fleurs couleur-de-chair.
Sous-variété discolor Rouy (à deux couleurs).
Fleurs blanches à partie centrale rouge. (çà et là).
Sous-variété violacea Delacour (violacée).
Fleurs d'un violet-vineux ou d'un rouge violacé. (Assez rare).
Sous-variété lilacina Rouy
Fleurs lilacées. (Assez rare).
Sous-variété viridiflora Rouy (à fleurs vertes)
Fleurs verdâtres. (Rare).
Sous-variété verticillata Diard (verticillée).
Feuilles toutes ou presque toutes verticillées par 3 ou par 4, rarement par 5 ou par 6. (Assez rare).
A. caerulea Schreb. (M. bleu). Nom valide : Anagallis foemina Miller
Plante ordinairement d'un vert assez sombre ; pédoncules des fleurs plus courts ou à peine plus longs que les feuilles qui sont ovales-allongées et plus ou moins aiguës au sommet ; corolle à lobes ordinairement à très fines denticulations ; fruit mûr ovoïde, non luisant, marqué de 6 à 10 stries. (Commun ou assez commun).
Sous-variété albo-rosea G. B. (blanc-rose).
Fleurs blanches, roses ou d'un blanc rosé. (Assez rare).
Sous-variété bicolor G. B. (bicolore)
Fleurs dont la corolle est à moitié rouge et à moitié bleue. (Rare).
Sous-variété vertibilis G.B. (variable)
Feuilles inférieures et moyennes verticillées par 3 à 5, les supérieures le plus souvent opposées.
(Assez rare).