Remarque :
L'Index Synonymique de la Flore de France de Michel Kerguélen, mis en ligne par l'INRA, nomme cette espèce comme ceci :
Primula veris L.
Cette espèce, bien connue sous le nom vulgaire de « Coucou », est une des plus communes parmi celles qui fleurissent dès la fin de l'hiver et au commencement du printemps. Elle égaie par ses fleurs odorantes, d'un jaune-vif, marquées ordinairement de 5 taches orangées, les prés, les pâturages, les talus, les endroits herbeux, les rochers, les clairières des bois dans toutes les contrées de notre Flore ; la plante mesure de 8 à 30 cm de hauteur, et fleurit depuis le mois de mars jusqu'au mois de mai.
Les feuilles ont un limbe à contour ovale, presque toujours assez brusquement rétréci à la base de façon à former un pétiole assez net mais sur les bords duquel le limbe se prolonge à gauche et à droite ; elles sont un peu comme gaufrées et ridées, présentant un réseau de nervures très marqué ; à la face inférieure, elles sont couvertes de petits poils qui leur donnent une teinte grisâtre (plus rarement blanchâtre ou blanche-cotonneuse). Le calice est très renflé et blanchâtre-cotonneux même sur les angles. La partie supérieure de la corolle, constituée par l'ensemble de ses 5 lobes est concave et mesure le plus souvent de 8 à 12 millimètres de largeur, parfois un peu plus. La partie supérieure du tube de la corolle est plissée à l'intérieur. Les lobes de la corolle sont plus courts que le tube. Lorsqu'elle est desséchée, sauf le cas d'une dessiccation brusque et intense, la corolle devient verte. Les fleurs sont comme disposées en une ombelle simple tournée d'un même côté dans son ensemble et placée au sommet d'une tige qui dépasse ordinairement les feuilles ; les fleurs d'une même ombelle s'épanouissent successivement et non toutes en même temps. Le fruit est ovoïde, entouré par le calice persistant et plus court que le tube de ce dernier ; il s'ouvre au sommet par dix dents qui, par suite de la disposition de leurs fibres, s'enroulent en dehors par la sécheresse et se recourbent en dedans par l'humidité. On trouve des pieds de deux sortes chez cette espèce ; les uns ont des fleurs à anthères relativement très développées, situées vers le haut du tube de la corolle, et un style relativement peu développé bien plus court que le tube de la corolle ; les autres ont des fleurs à anthères relativement peu développées, situées vers le bas du tube de la corolle, et un style relativement très développé presque aussi long, aussi long ou même plus long que le tube de la corolle. On distingue facilement ces deux sortes de pieds de la même espèce ; en regardant la fleur de face, on ne voit, chez les uns, que les étamines et chez les autres, que le stigmate. On peut trouver quelquefois des intermédiaires entre ces deux types extrêmes.
C'est une plante vivace, dont la tige florifère, dressée, et les pédoncules sont couverts de poils courts et serrés. La tige souterraine a une odeur qui rappelle celle des fleurs ; elle est épaisse et munie de racines adventives robustes ; la tige florifère, qui est en réalité formée par le prolongement de la tige souterraine, est comme déjetée par le développement des bourgeons de remplacement et semble être latérale. La plante se perpétue et se multiplie par les bourgeons produits sur la tige souterraine. (On trouve assez souvent des exemplaires à tiges soudées ensemble dans leur longueur (fasciation) ; d'autres peuvent présenter des fleurs dépourvues de taches orangées ; parfois l'ombelle est portée sur une tige très courte et semble insérée au milieu de la rosette de feuilles ; cette dernière disposition se produit quelquefois sur un pied normal, au bout de quelques années de culture).
Noms vulgaires. En français : Coucou, Fleur-de-coucou, Coqueluchon, Brayette, Primerolle, Primerole, Fleur-de-printemps, Brairelle, Serbe-de-St-Paul, Herbe-de-St-Pierre, Printannière, Primevère-jaune. En allemand : Sankt-Paulsblume, Sankt-Petersblume, Primel, Schlüsselblume, Petersschlüssel. En flamand : Heelende-Sleutelbloem, Bakkruid, Pannekoekje, Kerkesleutels Sint-Lievensbloem. En alsacien : Himmelschlüssel. En italien : Primalavere, Primavera. En anglais : Cowslip, Palsywort, Cow-Primrose, Saint-Peter's-wort, May-flower, Crewel.
Usages et propriétés. Les jeunes feuilles sont quelquefois consommées en salade. Les chèvres et les moutons broutent volontiers cette plante. Cultivé comme espèce ornementale ; il en existe diverses variétés horticoles à fleurs rouges, à fleurs d'un jaune orangé, à calice ayant la couleur, la consistance et la forme de la corolle ou variété « Dupleix », à calice anormal, vert, très développé ou variété « macrocalyx ». Les fleurs entrent dans les formules de certains procédés de falsification des vins. Les fleurs sont très visitées par les abeilles qui y récoltent, au printemps, un nectar abondant produit par un nectaire situé à la base et autour du pistil ; lorsque, dans leur recherche du nectar, les abeilles ou les Bourdons sauvages passent des pieds ayant des fleurs à longues étamines et à court style à ceux qui ont des fleurs à courtes étamines et à long style, ou inversement, ils peuvent mécaniquement transporter le pollen d'une forme à l'autre, de façon à opérer une pollinisation croisée ; cependant, si les pieds de cette espèce sont mis, à l'aide de mousseline ou de toile, à l'abri des visites des insectes, ils fructifient néanmoins et donnent des graines qui germent très bien ; cette pollinisation croisée n'est donc pas indispensable pour réaliser la fécondation. Les fleurs entrent dans la composition d'une boisson agréable et calmante que l'on fabrique dans le Nord de l'Europe ; elles servent aussi à préparer un cordial ; la plante est utilisée pour faire une boisson un peu analogue au thé ; les parties souterraines de la plante sont expectorantes, sternutatoires et ont été employées contre la migraine et les maladies de poitrine et, autrefois, contre la paralysie. Les parties souterraines de la plante renferment un alcool, la vole-mite, une sorte de camphre particulier ou « camphre de Primevère », un glucoside nommé primuline qui paraît identique à la cydomine ; les racines fraîches contiennent un autre glucoside appelé primevérine et une diastase, la primevérase ; les cendres de la plante donnent pour cent: 12,18 de silice ; 16 de chaux ; 8,6 de chlore ; 6 de soude et jusqu'à 38,8 de potasse.
Distribution. Plus fréquent aux basses altitudes et dans les parties peu élevées des montagnes, mais peut se trouver néanmoins dans la zone subalpine et même dans la zone alpine. France: commun ou très commun en général, mais irrégulièrement réparti dans l'Ouest de la France ; manque presque complètement sur le littoral méditerranéen proprement dit ; dans la zone montagneuse de la Région méditerranéenne, on rencontre souvent la sous-espèce Primula suaveolens plutôt que le type principal. Suisse: commun. Belgique: commun dans les Régions houillère, jurassique et de l'Ardenne ; rare dans les Régions hesbayenne et littorale.
Europe: presque toute l'Europe. Hors d'Europe: Sibérie, Caucase.
On a décrit 1 sous-espèce de cette espèce ; c'est la suivante :
P. suaveolens Bert. (P. suave)
Feuilles plus ou moins fortement blanches-cotonneuses sur leur face inférieure ; calice un peu comme renflé en vessie, a divisions qui mesurent presque la moitié de la longueur du tube du calice ; corolle dépassant à peine le calice ; feuilles à limbe souvent à peu près en forme de cœur renversé à sa base. (Midi de la France, chaîne jurassique, Alpes, Cévennes, Corbières, Pyrénées).