Lentibulariaceae - - Utricularia vulgaris (L.)

Utriculaire vulgaire

Cette très singulière plante aquatique développe ses parties végétatives dans l'eau des étangs, des marais ou des tourbières de la plupart des contrées de notre Flore ; ses tiges fleuries, longues de 10 à 30 cm, sont dressées et émergent au-dessus de l'eau, épanouissant dans l'air leurs fleurs d'un jaune vif ; la plante fleurit depuis le mois de mai jusqu'au mois de septembre.
Les feuilles, dont le contour général est ovale, sont plusieurs fois divisées en lanières très étroites et denticulées ; les divisions de la feuille sont disposées à droite et à gauche du pétiole commun, avec une division terminale. Beaucoup de divisions secondaires de ces feuilles sont en forme de petites outres ou vésicules munies d'un lobe spécial de la foliole qui leur constitue comme une sorte de petit couvercle garni de poils, lequel en se repliant peut clore la vésicule et y enfermer l'air qu'elle contient. Les pédoncules sont d'un rouge brun, parfois d'un rouge pâle, ainsi que les calices ; la lèvre supérieure du calice est ovale et sa lèvre inférieure est largement ovale et souvent échancrée au sommet. La corolle mesure de 15 à 18 millimètres de longueur ; l'éperon est en forme de cône et égale environ la moitié de la longueur totale de la corolle.
C'est une plante vivace qui présente un développement très particulier. Les feuilles forment à l'extrémité des tiges et des rameaux des bourgeons adventifs spéciaux, presque globuleux, dont les plus gros peuvent avoir plus de 12 millimètres de largeur et qui sont susceptibles de passer l'hiver. Ces bourgeons nommés « hibernacles » sont constitués par de petites feuilles très divisées, sans vésicules, fortement serrées les unes contre les autres, ciliées et couvertes de petits poils. Lorsque les rameaux de la plante se détruisent en automne, les hibernacles restent au fond de l'eau, et y demeurent pendant toute la saison froide. Au commencement du printemps, ils absorbent des gaz dissous dans l'eau, deviennent ainsi plus légers que l'eau et remontent peu à peu ; ces bourgeons s'allongent alors, produisent de nouveaux plants dont les feuilles et surtout les vésicules se remplissent d'air ou de gaz d'une composition plus ou moins voisine de celle de l'air ; les plantes se rapprochent encore plus de la surface de l'eau et fleurissent. Elles ne produisent jamais de racines adventives. Après la floraison, il se forme dans les vésicules une sorte de gelée qui en chasse l'air, et la plante, devenant plus lourde que l'eau, s'enfonce dans la vase avec ses fruits mûrs et ses hibernacles. Les graines peuvent germer au fond de l'eau, et cette germination a des caractères très particuliers, car la plantule renfermée dans la graine est très simplifiée, n'ayant ni radicule, ni cotylédons, ni albumen. (On a trouvé des exemplaires dont le calice n'avait qu'une seule lèvre développée). Le type principal se reconnaît à la lèvre supérieure de la corolle qui est à peu près de la même longueur que la partie bossue et saillante placée au milieu de la fleur, à la lèvre inférieure de la corolle dont les bords sont renversés, aux pédoncules et aux calices qui sont d'un rouge brun.

Noms vulgaires. En français : Millefeuille-des-marais. En anglais : Bladder-wort, Hooded-water-milfoil. En allemand : Wasserhelm, Wasserschlauch, Schlauchkraut. En flamand : Blaasjeskruid. Neetekruid, Waterblaaskruid. En italien : Millefolio-acquatico, Erba-vescica, Ova-di-botta.

Usages et propriétés. Les canards consomment volontiers cette plante. Cultivé comme plante ornementale pour décorer les bassins. Plante diurétique. On a souvent décrit les vésicules des Utriculaires comme constituant des pièges destinés à capturer de petits animaux aquatiques, en considérant la plante comme Carnivore ; mais cette hypothèse est loin d'être démontrée : les Utriculaires se développent parfaitement dans de l'eau privée de tout animal aquatique.

Distribution. S'élève jusqu'aux sommités du Jura et assez haut dans les Vosges, mais reste dans les basses altitudes des Alpes ou des Pyrénées ; peut atteindre en Suisse jusqu'à 1.500 m d'altitude. France : se rencontre dans presque toutes les contrées de la France, mais de distribution inégale ; par exemple : commun aux Environs de Paris, en Alsace, dans la chaîne jurassique, dans la Sologne (vallées de la Loire et du Loiret), dans la Haute-Vienne, etc. ; assez commun dans les marais des Vosges, l'Ouest, la Sarthe, l'Hérault, etc. ; assez rare dans les plaines de Lorraine, en Normandie, en Auvergne, en Corrèze, dans le bassin du Ehône, etc. ; rare ou très rare en Provence, dans les Alpes-Maritimes, dans les Pyrénées, le Tarn, l'Aveyron, etc. Suisse : assez commun. Belgique : rare dans les Régions campinienne, hesbayenne et jurassique ; très rare dans les Régions houillère, littorale et de l'Ardenne.
Europe : presque toute l'Europe, jusque dans la Presqu'île Scandinave. Hors d'Europe : Sibérie ; Nord de l'Afrique ; Amérique du Nord.

On a décrit 1 sous-espèce de cette espèce ; c'est la suivante :

U. neglecta Lehm. (U. négligée)
Lèvre supérieure de la corolle ayant à peu près 2 fois la longueur de la partie bossue et saillante qui est au milieu de la fleur ; lèvre inférieure à bords étalés ; pédoncules et calices d'un rouge pâle. (Çà et là, parfois assez commun).

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