Cette jolie espèce orne les forêts et les bois, parfois les dunes, surtout dans le Nord et l'Est de la France, en Alsace, en Belgique et en Suisse, où elle décore les sous-bois de ses jolies petites grappes de fleurs d'un blanc rose, qui s'épanouissent depuis le mois de juin jusqu'au mois d'août. La taille de la plante peut varier de 15 à 40 cm.
Les diverses formes que l'on peut réunir sous ce nom présentent les caractères communs suivants. Les fleurs sont disposées en grappe simple, assez lâche. Les feuilles sont groupées par 4 à 12 à la base de la tige fleurie et ont un pétiole qui est ordinairement plus long que le limbe ; celui-ci est arrondi, un peu en cœur renversé ou ovale, denticulé, crénelé, rarement presque entier, presque toujours obtus, ou même parfois un peu échancré à son sommet. Le calice a des divisions ovales-allongées, aiguës, beaucoup plus longues que larges, et atteint environ les deux tiers de la longueur de la corolle. Les pétales sont ovales et étalés. Les étamines sont penchées, à filets redressés dès leur base. Le style est terminé par un anneau qui est surmonté par les stigmates, non étalés, et soudés entre eux ; ce style est presque toujours incliné, ordinairement renversé puis recourbé et un peu redressé dans sa partie supérieure. Les fruits sont renversés et, lorsqu'ils s'ouvrent, les bords des valves sont reliés entre eux par des poils laineux.
C'est une plante vivace à tiges florifères dressées. Les tiges souterraines sont grêles, presque ligneuses, blanchâtres, à odeur aromatique ; les rameaux souterrains sont nombreux et ne s'isolent pas les uns des autres ; les racines adventives sont brunes, très minces, insérées isolément à l'aisselle des feuilles réduites à des écailles et qui se trouvent sur les rejets. Une ramification de la tige souterraine se termine d'abord par une rosette de feuilles ; au bout de plusieurs années, il se produit une tige florifère feuillée à la base et ces rejets fleuris se détruisent alors après la floraison, car il n'existe pas de bourgeons de remplacement à leur base ; à la saison suivante, la floraison sera reprise par d'autres rejets qui n'avaient donné jusque là qu'une rosette de feuilles à leur extrémité. (On a décrit des exemplaires à fleurs dont les parties semblables sont disposées par 4, ou par 6 ; d'autres exemplaires ont montré l'axe de la grappe de fleurs tordu sur lui-même). Le type principal se reconnaît au style allongé beaucoup plus long que les pétales, renversé dès sa base, puis arqué-redressé, au calice dont les divisions sont à la fois ovales-allongées et très aiguës au sommet, aux feuilles dont le limbe est à la fois plus ou moins arrondi et un peu en cœur renversé à la base, lâchement denticulé-crénelé.
Noms vulgaires. En français : Pirole, Pyrole, Verdure-d'hiver, Verdure-de-mer. En anglais : Canker-Lettuce, Pear-leaf Winter-Green, Wild-Lily-of-the-Valley. En allemand : Grosses-WintergrÜn, Rundblättriges - Birnkraut, Bundes - Wintergrün, Waldmangold. En flamand : Rondbladig-Wintergroen. En italien : Limonio-montano.
Usages et propriétés. On obtient avec les feuilles une décoction brunâtre qui devient jaune sous l'action des acides, et qui, traitée par les alcalis et l'alun, donne une teinture jaune, et, par les sels de fer, une teinture noire. Cultivé comme plante ornementale, mais sa culture est difficile. La plante est vulnéraire et astringente et employée contre les maladies d'intestin ; elle fait partie des plantes connues sous le nom de « vulnéraires suisses ». La plante renferme de l'arbutine, de la méthylarbutine, de l'éricoline, de l'ursone et de l'acide gallique.
Distribution. Peut s'élever jusqu'à 1.650 m d'altitude dans le Jura et jusqu'à plus de 2.000 m d'altitude dans les Alpes. France : Nord et Nord-Est de la France (assez commun en Lorraine, en Alsace, dans les Vosges et dans le Jura ; assez rare dans les Ardennes et aux Environs de Paris, très rare dans l'Eure, etc.) ; rare ou assez rare dans le Centre (très rare dans la Sarthe et le Loir-et-Cher) ; assez rare dans le Puy-de-Dôme ; rare ailleurs dans le Plateau-Central ; très rare dans les Cévennes (environs de Camprieux et Cévennes du Gard vers 1.100 m d'altitude), rare dans l'Aveyron et seulement dans l'Aubrac, etc.) ; assez commun dans le bassin du Rhône et les Alpes ; Pyrénées ; manque presque complètement dans la Région méditerranéenne. Suisse : commun ou assez commun. Belgique : assez rare dans les Régions jurassique et littorale ; rare dans les Régions houillère et hesbayenne ; très rare dans les Régions campinienne et de l'Ardenne.
Europe : une grande partie de l'Europe, surtout dans l'Europe centrale et dans l'Europe septentrionale jusqu'à la moitié de la Péninsule Scandinave. Hors d'Europe : Sibérie, Caucase, Daghestan, Himalaya, Japon ; Amérique du Nord.
On a décrit 2 races de cette espèce ; ce sont les suivantes :
P. serotina La Fons Mélicoq (P. tardive)
Plante de 15 à 25 cm, à feuilles dont le limbe est ovale, non très arrondi, peu crénelé ou presque entier ; calice à peine plus court que le pédoncule, à divisions ovales-allongées, très peu aiguës au sommet ; style plus long que les pétales, peu arqué. (Dunes du Nord de la France et de la Belgique ; dunes de Merville dans le Calvados).
P. intermedia Schleich. (P. intermédiaire).
Feuilles très nettement crénelées-dentées ; calice à divisions très aiguës à contour presque triangulaire ; style dépassant peu ou pas les pétales, presque droit ou un peu renversé et arqué. (Très rare : Mont Chaillot-le-Petit dans les Hautes-Alpes).