C'est un sous-arbrisseau de 20 à 60 cm, qui croît en grandes masses dans les bois et les bruyères, sur les sols siliceux, dans beaucoup de contrées de notre Flore, surtout dans les régions montagneuses. Ses fleurs rosées ou d'un blanc plus ou moins verdâtre se montrent depuis le mois d'août jusqu'au mois de juillet ; les fruits, d'un noir bleuâtre (très rarement blancs ou blanchâtres ou tachetés), mûrissent en juillet et août, parfois seulement en septembre.
Les feuilles ne persistent pas pendant l'hiver, elles sont ovales-aiguës, finement dentées sur leur pourtour, d'un vert-pâle et à nervures en réseau sur les deux faces, à limbe porté, le plus souvent, sur un pétiole très court. Les fleurs sont penchées solitaires ou groupées par deux à l'aisselle des feuilles. Le calice présente 5 divisions très larges et très courtes, peu distinctes. La corolle est presque globuleuse, en forme de grelot, à lobes courts et renversés. Les anthères sont pourvues sur le dos de deux appendices étroits et aigus. Les fruits mûrs sont globuleux, un peu déprimés à leur sommet, couverts d'une très fine poussière blanche sucrée ; leur saveur est douce et sucrée lorsqu'ils sont tout-à-fait mûrs, et un peu acidulée, avant la maturité complète.
C'est un sous-arbrisseau sans poils, très rameux, souvent buissonnant, à jeunes rameaux verts, anguleux et presque ailés dans leur longueur. Les tiges souterraines sont nombreuses et rameuses et avec les racines adventives forment, près de la surface du sol, un lacis très serré ; la plante se perpétue et se multiplie soit par la ramification de ses tiges souterraines, soit par des bourgeons nés sur les racines. Le développement très grand de l'espèce se produit surtout dans les terrains forestiers découverts ou dont le couvert n'est pas trop épais. Dans certaines futaies ombreuses ou dans des châtaigneraies la plante se développe encore, mais les fruits n'arrivent pas à maturité. Des exemplaires, provenant du même pied initial, ont été cultivés comparativement, sur le même sol, aux Environs de Paris, à 1 'Aiguille-de-la-Tour sur la chaîne du Mont-Blanc, à Cadéac dans les Pyrénées, sur les pentes de l'Arbizon et au col de la Paloume. Les feuilles des exemplaires cultivés vers 1.500 m d'altitude étaient plus épaisses, plus vertes et à tissus mieux disposés pour l'assimilation chlorophyllienne que celles des exemplaires cultivés aux altitudes plus élevées ou aux basses altitudes ; il y a donc vers 1.500 m un optimum d'altitude pour cette espèce (G. Bonnier).
Noms vulgaires. En français : Airelle, Myrtille, Airelle-noire, Myrtille-noir, Brimbelles, Bleuets, Gueule-noire, Maurets, Maurettes, Raisin-des-bois, Raisin-de-bruyère, Aires, Aradech, Pouriots, Cousines, Lucets. En allemand : Echte-Heidelbeere, Schwarzbeere, Bickbeere, Blaubeere, Myrtenbeere, Feinbören. En alsacien : Buljër, Heidelbeere, Grämbeere. En flamand : Blauwe-Boschbes, Beekbezen, Gewone-Kraakbes-of-Blauwes, Strapele, Waalbezen. En italien : Baccole, Mirtillo, Baggiole. En anglais : Biberry, Bleaberry, Blenberry, Common-Whortleberry.
Usages et propriétés. Les fruits sont comestibles et sont vendus sur les marchés en Bretagne et en Alsace par exemple ; ils sont consommés avec la viande ou le gibier dans l'Europe, surtout septentrionale. On en fait des confitures, du vin, du sirop et, dans les Vosges, ils sont distillés pour fabriquer une excellente eau-de-vie appelée « Heidelbeerenwasser », analogue au kirsch ; pour récolter les fruits de cette espèce, dans les Vosges, on passe sur les plantes fructifères un râteau dont les dents sont assez rapprochées pour retenir les fruits qui se réunissent dans une sorte de petite auge, située à proximité du râteau ; les fruits, desséchés, deviennent aromatiques. Les fruits attirant les oiseaux, les oiseleurs, en Italie, font croître la plante dans les endroits choisis pour la chasse. On a employé les fruits pour fournir des teintures bleue ou noire ; les Gallo-Romains les utilisaient pour teindre en faux-pourpre les vêtements de leurs esclaves ; on peut aussi s'en servir pour préparer une laque bleue ; les tiges et les feuilles peuvent être utilisées pour le tannage ; les tiges sont employées pour fabriquer des balais. Cultivé comme plante ornementale. Les fleurs sont très visitées par les abeilles qui y recueillent un nectar abondant et de bonne qualité. L'espèce est très envahissante dans les forêts et s'oppose aux réensemencements forestiers par suite de la multiplication excessive de ses tiges souterraines et de ses racines ; une trop grande abondance de la plante dans les forêts est le signe que le sol perd ses qualités au point de vue du développement des jeunes arbres. Les fruits mûrs sont un peu astringents ; les feuilles ont été utilisées contre le diabète. Les feuilles renferment de l'arbutase, de l'hydroquinone, de l'acide quinique ; les fruits contiennent du sucre interverti, du saccharose, des acides malique, citrique et tartrique, des pentosanes, de la pectine, de la pectose et des matières grasses ; la couleur des fruits est due à deux corps spéciaux, le premier d'un rouge-brun, le second d'un rouge-violet.
Distribution. Préfère les sols siliceux ; lorsqu'il croît sur les terrains calcaires, cela tient souvent à ce qu'il existe une mince couche de tourbe au-dessous du sol calcaire et un sol décalcifié ; cependant, on le rencontre quelquefois sur des terrains vraiment calcaires ; ne s'élève guère, en général, à plus de 2.500 m d'altitude dans les Alpes, ni à plus de 1.800 m d'altitude dans les Pyrénées ou les Corbières ; a été trouvé jusqu'à 2.770 m d'altitude, en Suisse ; dans le Puy-de-Dôme, il descend rarement au-dessous de 400 m d'altitude. France : commun ou assez commun dans la plupart des montagnes, surtout à terrain siliceux ; çà et là dans les forêts et les bois des basses altitudes et de la plaine, manque sur le littoral méditerranéen et dans une grande partie de l'Ouest. De distribution très inégale ; par exemple : commun dans les Ardennes schisteuses ; assez rare dans le Nord de la France et aux Environs de Paris ; commun dans l'Eure et une partie de la Normandie ainsi que dans la plupart des forêts de la Sarthe ; très rare dans l'Ouest sauf au delà de Bennes, de Vannes et de Lorient, où il commence à devenir commun dans le Nord-Ouest ; forêts de la Loire-Inférieure ; très commun dans les Vosges, et çà et là tout autour dans la plaine ; peu commun dans le Jura ; très rare dans la Sologne, le Perche, la Beauce, la Côte-d'Or ; commun dans la zone montagneuse du Tarn et de l'Aveyron ; très commun ou commun dans le Plateau-Central, la Haute-Vienne, la partie haute de la Corrèze, mais manque dans la basse Corrèze ; assez rare ou rare dans la zone montagneuse de l'Hérault et du Gard ; commun ou assez commun dans le Bassin du Rhône et dans la chaîne des Pyrénées ; commun dans la région élevée des Alpes-Maritimes ; rare ou assez rare dans les montagnes de Provence. Alsace : commun dans les Vosges et dans la plaine de Haguenau, etc. Suisse : commun ou assez commun. Belgique : très commun dans la Région de l'Ardenne ; commun ou assez commun ailleurs, sauf dans la Bégion littorale, où il manque.
Europe : presque toute l'Europe, surtout dans les contrées plus ou moins montagneuses. Hors d'Europe : Asie-Mineure, Caucase, Daghestan, Sibérie ; Amérique boréale.
On a décrit 2 variétés de cette espèce ; la principale est la suivante :
Variété leucocarpum Haussmann (à fruits blancs).
Fruits mûrs blancs ou d'un blanc verdâtre ou encore tachés de rosé ou de violet. (Très rare : forêt de Bruyères, dans les Vosges ; au Kayserberg, en Alsace).