Les très nombreuses formes que l'on peut grouper sous ce nom général ont des tiges florifères dont la taille peut varier de 2 à 60 cm ; on les rencontre au bord des chemins, dans les endroits incultes, les prés, les décombres, parfois dans les marais salés ou dans les tourbières et certaines d'entre elles croissent à toutes les altitudes. Cette espèce est très commune dans toute l'étendue de notre Flore. Les capitules de fleurs jaunes fleurissent d'avril en septembre, parfois même pendant l'hiver.
Les feuilles sont toutes à la base de la plante où elles forment ordinairement une rosette assez fournie ; ces feuilles sont souvent profondément divisées, à lobés étales, plus ou moins aigus, parfois un peu renversés ; dans d'autres cas les feuilles sont seulement plus ou moins dentées, L'involucre a les bractées intérieures dressées, appliquées, allongées, plus ou moins aiguës au sommet, tandis que les bractées extérieures, plus courtes, peuvent être étalées, renversées ou quelquefois appliquées sur les autres. Les fruits mûrs ont leur partie la plus large moins longue que le bec fin qui la surmonte ou parfois presque de la même longueur que ce bec. L'aigrette est blanche, plus rarement roussâtre.
C'est une plante vivace, à tige souterraine courte et épaisse d'où partent des tiges florifères simples, creuses en dedans ; ordinairement ces tiges florifères sont étalées et courbées avant la floraison, puis plus ou moins dressées et droites pendant que les capitules sont épanouis, puis étalées après la floraison, enfin plus ou moins dressées et droites lorsque les fruits sont mûrs. La plantule présente deux cotylédons ovales ; au moment de la germination, ces cotylédons se dégagent des enveloppes de la graine et du fruit par une fente assez longue qui se produit latéralement sur le fruit ; auparavant, le fruit s'était fendu à la base en formant de petites dents au travers desquelles la radicule s'est fait jour pour s'enfoncer dans le sol. Des exemplaires issus d'un même pied ont été cultivés comparativement, sur le même sol, aux environs de Paris et sur la chaîne du Mont-Blanc, vers 2.400 m d'altitude, à l'Aiguille-de-la-Tour. Les exemplaires transportés aux hautes altitudes ont présenté, au bout de peu d'années, des feuilles plus épaisses, moins profondément divisées, et des parties souterraines relativement plus développées ; les feuilles étaient d'un vert beaucoup plus foncé, mais les fleurs étaient d'une teinte seulement un peu plus éclatante. (G. Bonnier). La disposition, relative des divers tissus dans les feuilles ou les tiges n'était pas très différente, dans les plantes des cultures inférieures et supérieures, ce qui explique le résultat obtenu par Müntz. Cet auteur, ayant cultivé comparativement des exemplaires de cette espèce près de Paris et au Pic-du-Midi, dans les Pyrénées, a trouvé que le rapport du poids sec au poids frais de la plante n'avait pas sensiblement changé. La plante se perpétue et se multiplie par des bourgeons qui naissent sur la tige souterraine ainsi que par des bourgeons adventifs qui se produisent sur les racines. (On a décrit de nombreuses anomalies de cette espèce : séparation de la tige en deux parties terminées chacune par un capitule ; bractées de l'involucre déformées et divisées ou présentant la forme des feuilles ordinaires ; capitule secondaire se développant au milieu du capitule normal ; fleurs soudées entre elles ; capitules et tiges qui les portent soudés dans leur longueur ; verdissement des fleurs ; graines ayant une plantule à 3 cotylédons ou à 2 cotylédons qui sont chacun profondément divisés, etc.).
Noms vulgaires. En français : Pissenlit, Dent-de-lion, Florin-d'or, Salade-de-taupe, Chopine, Cochet, Couronne-de-moine, Liondent, Laitue-de-chien. En allemand : Echte-Kuhblume, Pfaffenblatt, Pfaffenblume, Röhrleinkraut, Bissarli, Saurüssel, Puppenblume, Wilde-Cichorie, Würzblume, Gänsblume, Pferdeblume. En flamand : Paardebloem, Hondebloem, Molle-Salaad. En italien : Stella-gialla, Dente-di-leone, Soffione, Ingrassa-porci, Dente-di-cane, Capo-di-Frate, Radicchiella. En anglais : Dandelion, Lion's-teeth, Yellow-gowan, Monh-shead, Milk-gowan.
Usages et propriétés. La plante entière est consommée en salade. Autrefois, on se contentait de la recueillir à l'état sauvage ; mais dans plusieurs contrées elle est aujourd'hui cultivée comme maraîchère ; on en exploite plusieurs variétés améliorées telles que « verts de Montmagny », « améliorés très hâtifs », « chicorée », « amélioré mousse » dont le feuillage est déchiqueté et frisé, etc. La racine torréfiée est usitée comme succédané du café, à la manière de la racine de Chicorée. La plante est recherchée par les vaches, les moutons, les chèvres. Les fleurs sont visitées par les abeilles qui y récoltent, un nectar abondant. L'espèce ; est amère, stomachique, apéritive, diurétique ; le suc de la plante est employé contre les maladies des yeux. La racine et la tige souterraine peuvent renfermer jusqu'à 24 % d'inuline ; la proportion d'inuline est plus grande en automne qu'au printemps. On trouve aussi dans la racine : du lévulose, de la mannane, de l'inosite et un principe spécial, la taraxacine. Les cendres des feuilles ont donné par l'analyse pour cent : 38,9 de potasse ; 20 de chaux ; 10 de soude ; 8 de magnésie ; 7,8 d'acide phosphorique ; 7 d'acide silicique ; 2,7 de chlore ; 2,2 d'acide sulfurique ; 0,9 de sesquioxyde de fer ; 0,5 d'alumine.
Distribution. Croît sur tous les terrains ; peut s'élever dans la zone subalpine des montagnes, dans la zone alpine et même dans la zone alpine supérieure ; on l'a trouvé, dans les Alpes, jusqu'à 3.300 m d'altitude. France, Suisse et Belgique : très commun.
Europe : toute l'Europe y compris la zone arctique. Hors d'Europe : Nord et Ouest de l'Asie, Japon ; Nord de l'Afrique : Amérique boréale ; naturalisé plus au Sud dans l'Amérique du Nord.
On a décrit 10 sous-espèces, 6 races et 15 variétés de cette espèce. Les 10 sous-espèces et les races ou variétés les plus intéressantes Sont les suivantes :
T. officinale Wigg. (P. officinal)
Involucre à bractées extérieures étalées ou renversées ; capitules ayant, en général, plus de 2 cm de largeur lorsqu'ils sont épanouis ; feuilles profondément divisées, à segments latéraux étalés, triangulaires, plus ou moins aigus, à segment terminal plus large ; fruits mûrs d'un gris olivâtre ou d'un gris cendré. (Très commun).
T. laevigatum DG. (P. lisse)
Involucre à bractées intérieures comme calleuses et à deux dents au sommet, à bractées extérieures étalées ou renversées ; capitules ayant, en général, 15 mm ou plus de largeur lorsqu'ils sont épanouis ; feuilles sans poils, profondément divisées, à segments latéraux étalés ou un peu renversés, triangulaires ou étroits, aigus, à segment terminal ordinairement plus large ; fruits d'un gris pâle ou d'un brun fauve pâle ; plante croissant le plus souvent dans les endroits secs. (Très commun).
T. erythrospermum Andrez. (P. à fruits rouges)
Involucre à bractées intérieures comme calleuses étalées et à deux dents au sommet, à bractées extérieures étalées ou renversées : capitules ayant, en général, 15 mm ou plus de largeur lorsqu'ils sont épanouis ; feuilles sans poils, profondément divisées, à segments latéraux renversés ou étalés, étroits, triangulaires, aigus, à segment terminal assez souvent plus petit ; fruits d'un rouge brique très foncé dont le bec est rouge foncé à sa base et presque blanc au-dessus et jusque sous l'aigrette. Des semis de cette plante ont montré que les caractères des fruits restent distincts de ceux de la sous-espèce T. laevigatum (G. Bonnier). (Rare).
T. gymnanthum DC. (P. à capitules dénudés)
Involucre à bractées intérieures plus ou moins divisées en deux dents à leur sommet ; les bractées extérieures étant plus ou moins dressées ou même appliquées sur les autres ; capitules ayant souvent moins de 2 cm. de largeur ; feuilles ne se développant qu'en même temps que les capitules ou après leur épanouissement et ne dépassant pas ordinairement 4 cm de longueur, profondément divisées, à segments latéraux un peu triangulaires, étalés ; fruits d'une teinte grise un peu fauve ; plante de 4 à 12 cm, qui ne fleurit que depuis le mois d'août jusqu'au mois d'octobre et quelquefois encore en novembre, croissant dans les endroits secs et arides. (Région méditerranéenne).
T. obovatum DC. (P. obové)
Involucre à bractées intérieures calleuses et à deux dents au sommet ; les bractées extérieures étant étalées ou même parfois renversées ; capitules ayant ordinairement plus de 2 cm de largeur lorsqu'ils sont épanouis ; feuilles presque entières, à dents fines, rarement divisées, ordinairement appliquées sur le sol, d'un vert très foncé et souvent un peu noirâtre, rugueuses ; fruits mûrs d'un brun très pâle ; brusquement rétrécis en bec. (Midi de la France).
T. palustre DC. (P. des marais)
Involucre à bractées intérieures non calleuses à leur sommet ; les bractées extérieures sont appliquées sur les autres, ni étalées ni renversées ; feuilles plus ou moins dressées ou redressées, entières, sinuées ou à dents peu prononcées, écartées les unes des autres (rarement profondément divisées), très allongées, parfois très étroites ; lisses ; fruits d'un gris verdâtre ; plante de 5 à 25 cm, sans poils, croissant dans les marais ou les prés tourbeux, ne fleurissant que d'avril à juin. (Commun).
T. pyrenaicum Reut. (P. des Pyrénées)
Involucre à bractées intérieures comme calleuses au sommet et à bractées extérieures ovales, plus pu moins étalées ; fleurs extérieures fortement striées de rouge en dessous et dépassant peu les bractées intérieures de l'involucre ; feuilles profondément divisées, à lobes latéraux assez larges et peu ou pas dentés ; fruits à partie la plus large très épineuse vers le haut et dont le bec mesure de 3 à 4 fois la longueur du reste du fruit. (Pyrénées).
T. stramineum Beauverd (P. jaune paille)
Fleurs à languette d'un jaune-paille et enroulées sur elles-mêmes au sommet. (Alpes, de 1.850 à 2.400 m d'altitude : Mont Parmelan et Pointe d'Almet aux Aravis, en Savoie. Suisse : Col d'Isenau et Alpes de l'Etivaz dans le canton de Vaud, Bourg-Saint-Pierre, dans le Valais ; Grand-Saint-Bernard, L'Hospitalet).
T. salsugineum Lamotte (P. des terrains salés)
Involucre à bractées intérieures d'un rouge verdâtre et livide ; les bractées extérieures étant dressées ou appliquées, parfois un peu étalées après la floraison ; capitules de 12 à 16 mm de longueur et n'atteignant pas plus de 10 mm de largeur lorsqu'ils sont épanouis ; fleurs peu nombreuses (au maximum 30 dans chaque capitule) dépassant peu les bractées intérieures de l'involucre ; feuilles étalées-dressées, ovales et s'amincissant dans leur partie inférieure, ondulées, dentées ou peu profondément divisées ; fruits étroits dont l'aigrette est à peu près de la même longueur que le reste du fruit : plante de 5 à 18 cm, à tige souterraine très épaisse. (Terrains salés du Puy-de-Dôme : marais de Cœur, près de Gerzat ; Saint-Nectaire).
T. serotinum Poir. (P.tardif)
Feuilles poilues-blanchâtres ou cotonneuses-blanchâtres à leur face inférieure ; tiges couvertes de poils blancs, laineux pendant la floraison ; les feuilles sont coriaces et pour la plupart dentées seulement, largement ovales. Fruits dont la partie inférieure et la plus large est ovoïde-allongée, amincie à la base et très atténuée au sommet vers la base du bec fin qui porte l'aigrette ; au-dessous du bec, le fruit présente sur les côtes des petits tubercules plus ou moins aigus mais non épineux ; c'est une plante de 8 à 28 cm, qui ne fleurit que de juillet à septembre. (Très rare : Mont-Alaric, Mattes et environs de Leucate, dans l'Aude).
T. alpestre DC. (P.alpestre)
Involucre à bractées intérieures non calleuses à leur sommet ; les extérieures étalées ou un peu réfléchies ; fruits mûrs dont la partie la plus large est à peu près de la même longueur que le bec qui la surmonte ; plante de 3 à 12 cm (Alpes de France et de Suisse).
T. leucospermum Jord. (P. à fruits blancs).
Involucre à bractées intérieures vertes, les extérieures pâles et comme pulvérulentes, étalées ou recourbées en dehors ; fruits mûrs blancs, dont la partie la plus large est seulement un peu plus courte que le bec fin qui la surmonte ; feuilles appliquées sur le sol. (Rochers calcaires de Provence et des Alpes-Maritimes, où il est très rare).
Variété rubrinerve Rouy (à nervures rouges)
Involucre à bractées extérieures rougeâtres sur leur face interne ; pétioles et nervures des feuilles teintés de rouge. (Commun).
Variété maculatum Rouy (taché)
Feuilles d'été tachées de brun-rouge, à segments latéraux plus ou moins renversés, aigus et fortement dentés ; fleurs du pourtour très étroites et bien plus longues que l'involucre ; fruits mûrs d'un gris-cendré dont le bec a 3 ou 4 fois la longueur du reste du fruit ; croît de préférence sur les terrains calcaires. (Assez commun).
Variété aurantiacum Beauverd (orangé)
Fleurs à languettes orangées intérieurement et d'un brun-pourpré à l'extérieur ; tige florifère de 2 à 3 cm (Suisse ; vers 3.000 m au-dessus de Gornergrat et de Zermatt).