Les formes nombreuses que l'on peut réunir sous ce nom général sont des plantes dont la taille varie de 20 cm. à 1 m. 25, à fleurs lilas, roses, d'un rose pâle ou, d'un rose presque rouge qui s'épanouissent depuis le mois de juin jusqu'au mois de septembre et parfois même encore en octobre. On les trouve dans les prés, sur les coteaux, dans les champs, les bois, les pâturages ; le type principal est commun dans presque toute l'étendue de notre Flore.
Toutes ces plantes se distinguent par les caractères communs suivants. L'invelucre des capitules est formé par 12 à 16 bractées ; le calice proprement dit est surmonté par 8 dents dressées ; l'involucelle qui entoure ce calice est velu. La corolle est à 5 lobes inégaux. Ce sont des plantes vivaces (très rarement bisannuelles), à tige souterraine épaisse. Lorsque les racines sont très âgées, elles se détruisent partiellement dans leur longueur de façon à former plusieurs fausses ramifications de la racine. Les mêmes pieds du type principal ont été cultivés comparativement sur le même sol : 1° dans la plaine (Fontainebleau) ; 2° à 1.620 m. d'altitude dans les Alpes (La Para, au-dessus de Chamonix) : 3° à 2.400 m. d'altitude dans les Alpes (Pierre-pointue). Au bout de 15 ans, les exemplaires cultivés à 1.620 m. d'altitude avaient des fleurs roses (et non lilacées comme celles des pieds originaux cultivés en plaine), d'un coloris plus éclatant, les feuilles étaient toutes seulement dentées (et non profondément divisées en segments comme celles des pieds de plaine) ; les pieds cultivés à 1.620 m. avaient une grande ressemblance avec la race Knautia dipsacifolia. Les pieds cultivés à 2.400 m. d'altitude présentaient des fleurs d'un rose presque rouge, peu rayonnantes, des feuilles dentées placées presque toutes à la base, d'un vert assez sombre, et une tige souterraine relativement très développée (G. Bonnier). (On a décrit de nombreuses anomalies de cette espèce dont beaucoup sont dues à l'attaque de Champignons parasites (tels que le Peronospora violacea), comme l'ont montré de Bary, puis Molliard : feuilles verticillées par 3 ; torsion de la tige et feuilles disposées en spirale ; fasciation (c'est-à-dire soudure des tiges dans leur longueur) ; fleurs isolées ou par deux à l'aisselle des feuilles en dehors des fleurs qui sont dans les capitules ; capitules à fleurs extérieures qui ne sont pas plus grandes que les autres ; petits capitules supplémentaires nés à l'aisselle des bractées de l'involucre : nombreuses autres anomalies de l'inflorescence ; toutes les fleurs très irrégulières et plus grandes que dans les plantes normales ; fleurs les unes staminées, les autres pistillées ; elc.).
Le type principal se reconnaît aux rameaux portant directement les pédoncules ; ces rameaux sont couverts de poils longs entremêlés d'un duvet court et crépu, formé de poils courts, et ne présentent que très peu de poils glanduleux ou même aucun poil glanduleux. L'involucre est plus court que l'ensemble des fleurs : les dents du calice ont à peu près les deux tiers de la longueur de l'involucelle qui entoure étroitement le calice. Les feuilles sont d'un vert terne, grisâtre ; les inférieures entières, dentées ou profondément divisées en segments ; les moyennes ordinairement divisées en segments aigus : les fleurs sont roses ou lilas.
Noms vulgaires. En français : Oreille-d'âne, Langue-de-vache, Mirliton, Langue-de-serpent, Scabieuse-des-champs, Pluet, Bossée-blanche. En allemand : Ackerscabiose, Grindkraut, Eier-Stöckchen, Feldscabiose, Ackergrindkraut, Apostemkraut, Donnerblume, Oderlenge, Hasenohren, Winnenboss. En alsacien : Heublume. En flamand : Gemeen-Schurftkruid, Honigbloem, Scabiose. En italien : Scabiosa, Soceze, Ambretta, Vedovelle-salvatiche, Gattina-grassa, Gallinacica, Vedovine, Vedovina-salvatica. En anglais : Gipsie's-Rose, Egyptian-rose, Scabious, Bachelor's-buttons, Curloddy, Scabridge, Clog-weed, Field-scabious, Blue-caps.
Usages et propriétés. Cultivé comme plante ornementale. Fleurs peu ou pas visitées par les abeilles qui vont rarement (sauf dans les montagnes) y récolter le nectar produit à la base du style. Les feuilles et les fleurs sont dépuratives ; la plante entière est amère, détersive, expectorante, vulnéraire et astringente.
Distribution. Peut s'élever jusqu'à 1.200 m. et même parfois 1.500 m. d'altitude sur les diverses montagnes ; la sous-espèce Knautia sylvatica, a été rencontrée, dans les Alpes, jusqu'à 2.000 m. d'altitude. France : très commun en général, mais peu commun ou même rare sur le littoral méditerranéen ; peu commun dans le Finistère. Suisse : très commun. Belgique : commun en général, mais assez commun seulement dans la Région campinienne ; très rare dans les polders.
Europe : toute l'Europe, mais rare dans la zone arctique. Hors d'Europe : Ouest de l'Asie ; Nord de l'Afrique ; cultivé et naturalisé dans l'Amérique du Nord.
On a décrit 4 sous-espèces, 6 races et 15 variétés de cette espèce. Les 4 sous-espèces, les 6 races et la principale variété sont les suivantes :
K. integrifolia G. B. (K. à feuilles simples).
Feuilles toutes simples, sauf parfois les feuilles de la base qui sont en certains cas profondément divisées ; chaque tige fleurie ne porte qu'un ou trois capitules : plante ordinairement de 10 à 45 cm. Des semis de cette race, dans des terrains différents, n'ont donné que très rarement des exemplaires à feuilles moyennes profondément divisées. (Çà et là, assez rare).
K. timeroyi Jord. (K. de Timeroy).
Pédoncules ayant des poils glanduleux ; fleurs extérieures plus grandes que les autres et étalées rayonnantes ; feuilles moyennes ordinairement divisées en segments assez étroits : plante bisannuelle, à racine principale allongée et peu épaisse. (Bugey ; Dauphiné ; Provence, Languedoc).
K. drymeia Heuffel (K. de Hongrie).
Calice surmonté d'une partie libre en forme de soucoupe et à crêtes plus ou moins étalées ; ces arêtes sont égales au tiers ou au quart de la longueur de l'involucelle ; feuilles veloutees, les moyennes simples, dentées ; fleurs d'un rose rouge. (Suisse, dans le Tessin méridional).
K. sylvatica Duby (K. des forêts).
Feuilles le plus souvent toutes simples, dentées ou entières ; arêtes du calice égalant la moitié ou le tiers au plus de la longueur de l'involucelle ; fleurs du pourtour du capitule peu différentes de celles du milieu ; plante robuste, à feuilles d'un vert clair ; fleurs roses ou lilas, parfois d'un rose assez foncé. (Montagnes).
Variété puberula Rouy (un peu poilue).
Feuilles inférieures entières ou à peine denticulées ; feuilles supérieures profondément divisées en segments étroits et peu nombreux ; plante plus ou moins poilue. (Çà et là).
K. sixtina John Briquet (K. de Sixt).
Feuilles sans poils, entières ou dentées, ayant parfois, lorsqu'elles sont jeunes, quelques poils sur les nervures de la face inférieure ; calice à dents plus ou moins étalées, égalant environ la moitié de la longueur de i'involucelle ; les rameaux qui portent directement les capitules sont couverts de nombreux poils glanduleux ; involucres à bractées finement ciliées ; les capitules ont de 2,5 cm. à 3 cm. de largeur ; tige devenant luisante et sans poils dans sa partie inférieure. (Rare : environs de Grammont dans le Valais).
K. Godeti Reuter (K. de Godet).
Feuilles entières ou dentées, sans poils on presque sans poils ; calice à dents plus ou moins étalées égalant le tiers de la longueur de l'involucelle ; les rameaux qui portent directement les capitules n'ont pas de poils glanduleux ou n'en présentent que très peu : les capitules ont de 2,5 à 3,5 cm de largeur ; involucre à bractées ayant des poils courts et peu nombreux ; tige sans poils dans sa partie inférieure. (Jura méridional et central, en France et en Suisse).
K. angustata G. B. (K. à feuilles étroites).
Feuilles de la base et inférieures étroites, longuement atténuées en pointe au sommet et à la base du limbe, entières ou finement denticulées : toutes les feuilles sont sans poils, ou presque sans poils, d'un vert un peu noirâtre et luisant ; dents du calice ayant à peine le tiers de la longueur de l'involucelle ; fleurs extérieures du capitule pas beaucoup plus grandes que les autres et assez peu rayonnantes ; fruits d'environ 5 mm de longueur sur moins de 2 mm de largeur. (Plateau Central, Ardèche, Pyrénées).
K. dipsacifolia F. Schultz (K. à feuilles de Cardère).
Feuilles d'un vert franc, ovales-élargies, aiguës au sommet, plus ou moins profondément dentées au moins dans la partie inférieure du limbe ; les supérieures soudées entre elles par leur base ; dents du calice égalant environ la moitié de la longueur de l'involucelle ; feuilles sans poils ou couvertes, surtout en dessous, de petits poils blancs et mous ; plante robuste. (Montagnes).
K. Lemaniana John Briquet (K. de Léman).
Tiges sans poils ; feuilles ciliées et à poils raides en dessous sur la nervure principale : involucre à bractées couvertes de poils allongés ; les rameaux portant directement les capitules sont couverts, dans le haut, de poils glanduleux ; capitules de 3 à 5 cm. de largeur. (Très rare : col d'Ontanne dans la Haute-Savoie).
K. collina G. G. (K. des collines).
Feuilles grisâtres, cendrées, velues, presque toutes profondément divisées en segments souvent eux-mêmes divisés, et dont la plupart sont obtus au sommet, avec un segment terminal presque toujours plus grand que les autres ; les rameaux (ou la partie supérieure de la tige) portant directement, les capitules sont couverts de nombreux poils glanduleux courts mêlés à des poils non glanduleux plus longs et moins nombreux ; dents du calice égalant environ les deux tiers de la longueur du calicule ; capitules ordinairement peu nombreux, quelquefois un seul est développé et les feuilles sont alors presque toutes à la base ; fleurs roses, les extérieures rayonnantes. (Midi de la France, Hautes-Alpes).