Les formes nombreuses que l'on peut grouper sous ce nom général sont des plantes couchées ou grimpantes, dont les tiges ont de 30 cm à 1 m 50 de longueur, et que l'on rencontre dans les bois les haies ou sur les rochers dans une assez grande partie de notre Flore.
Les fleurs jaunes ou jaunâtres s'épanouissent en juin et juillet ; les fruits sont mûrs en août et septembre. Les tiges sont anguleuses dans leur longueur et, le plus souvent, portent sur les angles de petits aiguillons crochus. Les feuilles ont toujours de petits aiguillons crochus, plus ou moins abondants, sur les bords, et, en dessous, sur la nervure principale ; le pourtour des feuilles est plus ou moins cartilagineux. Les fruits sont charnus et deviennent noirs ; ordinairement, il n'y a qu'un seul carpelle se transformant en fruit.
Ce sont des plantes vivaces qui se multiplient et se perpétuent par la ramification de leurs tiges souterraines. (On a signalé diverses anomalies de cette espèce : 2 feuilles opposées, développées, à stipules très réduites ; rameaux tordus sur eux-mêmes ou soudés en longueur ; stipules multipliées donnant l'apparence de verticilles ayant jusqu'à 20 et 30 feuilles ; fleurs à 3 pétales et 3 étamines, etc.)
Noms vulgaires. Pour la sous-espèce Rubia lucida. En français : Garance-sauvage, Petite-Garance. En allemand : Krapp, Ausländische-Röte, Fremde-Röte, Fremder-Krapp. En italien : Robbia-salvatica, Rubbia-salvatica. En anglais : Wild-madder, Evergreen-cliver. Pour la sous-espèce Rubia tinctorum. En français : Garance, Rouge-des-teinturiers. En allemand : Färberröte, Färberwurz, Rothewurzel, Krapp. En italien : Robbia-tinctoria, Robbia-domestica. En anglais : Madder, Warence, Dyer's-madder.
Usages et propriétés. La sous-espèce Rubia tinctorum a été cultivée depuis les temps les plus anciens pour la teinture rouge que l'on extrait de ses racines et de ses tiges souterraines, l'alizarine, matière colorante rouge qui, fixée dans les tissus par un mordant d'alumine, leur donne une couleur solide et éclatante. En 1868, Grœbe et Liebermann ont reproduit l'alizarine par synthèse en partant de l'anthracène, carbure extrait des goudrons de houille, et la fabrication chimique de cette substance colorante a réduit peu à peu les cultures de la Garance, abandonnées maintenant. Mélangée à la nourriture des animaux, la Garance colore en rouge la partie des os qui se forment ; cette propriété a servi à des expériences physiologiques pour déterminer le temps au bout duquel un os renouvelle complètement la substance des os. On trouve dans les parties souterraines de la Garance plusieurs glucosides : l'alizarine-glucoside, sous l'action de la diastase appelée rubiase, se décompose en dextrose et en alizarine ; la purpurine-glucoside, sous une action analogue, se décompose en dextrose et en purpurine ; la rubiadine-glucoside, sous une action analogue, se décompose en dextrose et en rubiadine. Les racines contiennent une certaine proportion d'alizarine à l'état libre, ce qui leur communique leur couleur rouge : elles renferment en outre une substance verte, la chlorogénine, des sels alcalins, de l'acide citrique, 14 à 15 % de sucres (saccharose, dextrose, etc.), des matières pectiques, du camphre de Garance, un carbure d'hydrogène, etc. L'analyse des cendres de la plante donne : 21 à 50 % de chaux, 34 à 52 % de potasse, 2 à 3 % d'acide sulfurique, 3 à 6 % de magnésie, une proportion variable de soude, 4 à 5 % de chlore, 6 à 16 % de silice et 0,3 à 2,8 % de sesquioxyde de fer.
Distribution. Préfère souvent les terrains calcaires ; ne s'élève pas à une grande altitude sur les montagnes. France : la sous-espèce R. lucida est rare dans le Nord et dans l'Est de la France (manque en Lorraine sauf aux environs de Longwy) ; elle est assez commune dans l'Eure, aux Environs de Paris, dans les Corbières, etc ; commune dans l'Ouest, le Midi ; rare dans le haut bassin du Rhône et dans le Cantal ; commune dans les Pyrénées. La sous-espèce Rubia tinctorum est naturalisée çà et là dans le Midi, dans quelques localités de Lorraine, et dans les contrées où elle était autrefois cultivée. Suisse : la sous-espèce Rubia tinctorum est naturalisée çà et là dans le Sud du canton de Vaud.
Europe : Europe méridionale et occidentale. Hors d'Europe : Ouest de l'Asie ; Nord de l'Afrique.
Cette espèce est formée par la réunion de 2 sous-espèces dont on a décrit 9 races ou variétés et 8 sous-variétés ; les 2 sous-espèces, les 2 races principales et la variété la plus intéressante sont les suivantes :
R. lucida L. (G. luisante).
Feuilles coriaces et cartilagineuses non veinées en réseau par-dessous, restant vertes pendant tout l'hiver et pendant une partie de la saison suivante ; fleurs jaunâtres ou d'un jaune pâle ; corolles dont les lobes sont terminés par une arête fine ; anthères ovales ou presque arrondies. Le type de la sous-espèce a les tiges sans aiguillons. (France, mais rare dans le Nord et l'Est).
R. linearifolia G. B. (G. à feuilles linéaires)
Feuilles étroites et allongées, terminées en pointe, presque sans aiguillons ; tiges à aiguillons (France : çà et là, rare).
R. Bocconi Petagna (G. de Boccone).
Feuilles pour la plupart largement ovales ou à contour presque arrondi, terminées par une pointe courte et nette ; tiges à aiguillons. (Littoral méditerranéen).
Variété vulgaris Rouy (vulgaire).
Feuilles à contour en ellipse ou ovales-allongées ; tiges à aiguillons.
(li Pour déterminer les genres de cette Famille, voir la Flore complète portative par Gaston Bounier et de Layens, p. 138, avec 8 figures de détail pour ce tableau Je genres.
R. tinctorum L. (G. des teinturiers).
Feuilles membraneuses, veinées en réseau par dessous, non persistantes ; fleurs jaunes ; corolle dont les lobes sont aigus mais non terminés par une arête fine ; anthères ovales-allongées. (Çà et là naturalisé, surtout dans le Midi de la France, en Lorraine, et en Suisse dans le canton de Vaud).