C'est une plante décorative, curieuse par la constitution de ses vrilles, et qui orne les haies, les talus ou le bord des bois dans presque toute l'étendue de notre Flore. Ses tiges peuvent atteindre jusqu'à 5 mètres de longueur : ses fleurs d'un jaune-verdâtre ou d'un, blanc-jaunâtre s'épanouissent de mai à juillet.
On distingue particulièrement cette espèce à ses fleurs staminées et pistillées qui sont placées sur des pieds différents et à ses fleurs femelles dont les stigmates sont poilus. Les fleurs staminées sont groupées au sommet de rameaux florifères allongés, ordinairement plus longs que la feuille à l'aisselle de laquelle ils se trouvent ; les fleurs pistillées sont rassemblées sur des rameaux florifères courts, ordinairement moins longs que la feuille à l'aisselle de laquelle ils sont placés. Les fruits sont de couleur rouge-cerise. Cette plante est remarquable par ses vrilles qui sont d'abord enroulées sur elles-mêmes dans un seul plan, puis se déroulent et s'allongent, légèrement incurvées à leur extrémité ; à cet âge, ces vrilles en s'accroissant, présentent une « nutation » prononcée, c'est-à-dire que leur sommet se déplace en décrivant dans l'espace des courbes irrégulières plus ou moins prononcées, comme si la vrille recherchait la rencontre d'un support. Ces vrilles sont alors sensibles au contact d'un rameau quelconque auquel elles s'attachent comme par un crampon terminal. De plus, elles rapprochent la tige de la Bryone du support en se courbant sur elle-même en forme de vis ; mais ce recourbement en vis se fait à la fois dans les deux sens opposés et de façon qu'il y ait le même nombre de tours dans un sens et dans l'autre ; la série de tours dans un sens est séparée de la série de tours dans l'autre sens par un « point d'inflexion » formant un recourbement qui marque le changement de sens de l'enroulement.
C'est une plante vivace couverte de poils courts et raides, renflés à leur base ; l'ensemble de la racine principale et de la partie souterraine de la tige forme une souche épaisse, charnue, cylindrique, sur laquelle naissent les bourgeons qui, en se développant au printemps, donnent naissance aux tiges aériennes florifères. (On a décrit de nombreuses anomalies de cette espèce : production de trois vrilles au même niveau ; fleurs adventives naissant sur les vrilles ou plus rarement sur les feuilles ordinaires ; avortement des bractées qui accompagnent normalement les fleurs staminées ; fleurs à 6 ou 7 sépales et à 6 ou 7 pétales ; fleurs staminées et pistillées sur le même pied, parfois entremêlées de fleurs stamino-pistillées, etc).
Noms vulgaires. En français : Navet-du-diable, Rave-de-serpent, Couleuvrée, Bryone, Vigne-blanche, Fausse-Coloquinte, Herbe-de-feu. En allemand : Zaunrübe, Brachwurz, Teufels-Kirsche. En flamand : Heggerank, Bryonie. En italien : Vite-bianca, Brionia, Barbone, Zucca-salvatica, Pianta-della-Fata. En anglais : Bryony, Briony. Devil's-turnip, Wild-wine.
Usages et propriétés. Cultivé comme plante ornementale pour tapisser les murs, les treillages et les tonnelles ; il existe une variété horticole à feuilles divisées en lanières. La racine est diurétique, émétique et violemment purgative ; sa saveur est très acre. C'est un remède dangereux, pouvant, à forte dose, causer des accidents mortels. Elle est rubéfiante (comme la moutarde), et a été préconisée comme vermifuge ou employée contre l'hystérie, les dartres, la paralysie. Les feuilles contiennent un carbure d'hydrogène spécial, la bryonane ; la racine contient un glucoside particulier, la bryosine. La plante renferme beaucoup d'azotate de potassium (salpêtre), une substance amère, des sucres, des gommes, beaucoup d'amidon et de malate de calcium. Vénéneuse par sa racine.
Distribution. Ne s'élève pas, en général, au-dessus de 1.400 m. d'altitude. France : commun en général ; peu commun sur le littoral méditerranéen et dans certaines contrées du Nord de la France. Suisse : assez commun, mais de distribution inégale ; manque dans les cantons d'Uri, Schwitz, Unterwald, Appenzell, Saint-Gall, Glaris, Lucerne et Zoug. Belgique : assez commun dans les Régions houillère et hesbayenne ; rare ou très rare ailleurs.
Europe : Europe centrale et méridionale. Hors d'Europe : Sud-Ouest de l'Asie ; Nord de l'Afrique.