On a souvent divisé la famille des Caryophyllées en deux groupes : les Silénées et les Alsinées. Dans les genres du premier groupe, la fleur possède un calice à sépales soudés entre eux sur une grande largeur, de telle façon que le calice forme le plus souvent une sorte de tube à l'intérieur duquel se trouvent les parties minces des pétales dont la partie supérieure vient s'épanouir, au-dessus et en dehors du calice, en un limbe plus ou moins aplati. Chez les Alsinées, les sépales sont séparés entre eux jusqu'à la base ou à peine cohérents vers le bas, et, par suite, les pétales, non resserrés dans un tube, s'amincissent insensiblement du sommet à la base sans présenter une partie inférieure étroite très distincte du limbe de la partie supérieure.
Parmi les genres de notre Flore, il n'en existe pas qui présente des caractères nettement intermédiaires entre ceux des fleurs de ces deux groupes. On peut remarquer cependant que les sépales sont seulement soudés ensemble jusqu'à la moitié, et même quelquefois moins dans le genre Cucubalus, genre très voisin des Silène, tandis qu'inversement les sépales sont nettement soudés entre eux jusqu'à une plus ou moins grande hauteur chez les Cherleria qu'on ne peut séparer des Arenaria. Mais certains genres étrangers à notre Flore, comme le genre Thyria, ont un calice en tube à la base, bien que ce genre soit voisin des Arenaria par beaucoup d'autres caractères.
D'ailleurs, parmi les plantes de notre Flore, on peut trouver quelques caractères communs entre certains genres de Silénées et certains genres d'Alsinées. Les genres Saponaria et Gouffeia, le premier à sépales soudés et le second à sépales libres, ne sont pas sans présenter certaines analogies : dans la fleur de ces deux genres, on trouve un pistil à 2 carpelles et à 2 styles, et le fruit s'ouvre, dans les deux cas, par 4 dents au sommet. Les genres Velezia et Gypsophila (Silénées) se rapprochent des Bufonia (Alsinées) par leur pistil à 2 carpelles et à 2 styles, et les Gypsophila, en outre, par l'aspect du calice dont les sépales ont chacun une carène verte placée entre deux parties membraneuses. Ce sont ces liaisons qui sont indiquées par des lignes pointillées sur la figure 12, laquelle montre les genres de Silénées à gauche et les genres d'Alsinées à droite. De plus, dans le genre Tunica, les pétales sont insensiblement rétrécis du sommet à la base comme chez les Alsinées, sans présenter une partie étroite séparée brusquement du limbe supérieur.
Examinons maintenant les genres du premier groupe. Le genre Cucubalus est très voisin des Silène dont il diffère principalement par son fruit charnu ; mais ce fruit charnu est une fausse baie, car il est creux à l'intérieur et au fond de l'ovaire, ou même du fruit, oh voit encore les cloisons formées par les trois carpelles qui le constituent.
Les genres Silène et Lychnis sont aussi très rapprochés l'un de l'autre, et certains auteurs les distinguent par des caractères différents de ceux que leur attribuent d'autres auteurs. C'est ainsi que les uns, ne tenant pas compte du nombre des carpelles, caractérisent les Silène par le fruit dont les dents sont en nombre double de celui des styles, et les Lychnis par le fruit en nombre égal à celui des styles. Les autres, sans tenir compte de cette différence, définissent au contraire les Silène par le caractère d'avoir 3 carpelles ou 3 styles et les Lychnis par celui d'avoir 5 carpelles ou 5 styles. Il en résulte que le Lychnis dioica, qui a 5 styles et un fruit à 10 dents, est rangé par les premiers auteurs dans le genre Silène (sous le nom de Silène pratensis et par les seconds dans le genre Lychnis. On voit donc qu'il existe des intermédiaires entre ces deux genres, sans parler des espèces de Lychnis, normalement à 5 styles, et dont certains exemplaires présentent quelquefois 3 styles seulement.
Les Saponaria ont, comme les genres précédents, des graines en forme de rein, renfermant une plantule courbée suivant un cercle presque complet et entourant l'albumen. Le genre Saponaria se rapproche un peu des Silène, car parmi ces derniers, certains exemplaires ont des fleurs n'ayant que 2 carpelles et 2 styles. Ce dernier caractère relie les Saponaria aux Gypsophila qui ont : aussi un pistil à 2 styles, et des graines en forme de rein. Certaines espèces, telles que le Gypsophila Vaccaria par exemple, sont placées dans le genre Saponaria par certains auteurs à cause des fleurs dont les pétales sont resserrés à côté les uns des autres jusqu'au sommet du tube du calice, tandis que d'autres classent cette espèce dans le genre Gypsophila à cause de la forme anguleuse du calice.
Quant au genre Gypsophila, il vient se placer comme intermédiaire entre les genres Saponaria et Tunica ; il se rapproche du premier par l'absence de bractées à la base de chaque fleur et du second par la forme du calice. D'ailleurs les graines, chez les Gypsophila, renferment une plantule courbe mais disposée en un cercle très incomplet, ce qui est un acheminement vers la forme à peine courbée de la plantule des graines de Tunica.
L'important genre Dianthus. où la fleur a-aussi 2 styles comme celle des trois genres précédents, est très voisin des Tunica dont il diffère surtout par la forme des pétales, lesquels sont, chez les Dianthus, nettement formés par une partie mince surmontée d'un limbe étalé. Certaines espèces de ce genre, comme le Dianthus prolifer par exemple, sont classés tantôt dans le genre Tunica à cause de la forme anguleuse de leur calice, tantôt dans le genre Dianthus par le caractère de la forme de leur pétales à partie mince surmontée d'un limbe. Le genre Velezia se rattache aux Dianthus par la constitution de la fleur et par la graine en forme d'écusson comme celles des Dianthus, cette graine est à plantule droite et sans albumen à la maturité, ainsi que celles de certaines espèces de Dianthus.
Fig. 12 - Liaisons entre les genres de Caryopbyllées. La surface de chaque cercle, correspondant à un genre, est proportionnelle au nombre d'espèces que renferme ce genre dans notre Flore. Les traits pleins qui joignent les cercles les uns aux autres indiquent les liaisons importantes entre les genres, et sont d autant plus courts que ces liaisons sont plus grandes Les traits pointillés indiquent des liaisons plus lointaines.
Le genre Velezia ne diffère donc guère du précédent que par l'absence de bractées à la base de chaque fleur ; or, accidentellement, certaines espèces du genre Dianthus n'ont pas de bractées à la base de chaque fleur, mais à la base de plusieurs fleurs, ce qui est un rapprochement vers le genre Velezia. Par la forme de leurs graines en écusson et de leur plantule droite ou un peu courbée, les trois genres Tunica, Dianthus et Velezia sont très rapprochés les uns des autres. C'est ce qu'indique la figure 12 qui montre aussi l'importance relative des liaisons entre tous les genres précédents.
Le groupe des Alsinées renferme des genres qui ont de grands rapports les uns avec les autres et qui tous ont avec les Cucubalus, Silene, Lychnis, Saponaria, Gypsophila, ce caractère remarquable d'avoir des graines en forme de rein renfermant une plantule courbe qui entoure l'albumen.
Autour du genre Arenaria auquel a été réuni le genre Alsine (car aucun caractère net ne distingue les Alsine des Arenaria) gravitent les petits genres Honckenya, Holosteum et Cherleria, chez lesquels les fleurs ont normalement 3 styles et les pétales non divisés, comme chez les Arenaria. Les genres Gouffeia et Bufonia se distinguent par leurs fleurs à 2 styles ; mais certaines espèces d'Arenaria, telles que l'Arenaria muscosa, peuvent avoir aussi une fleur à 2 carpelles et à 2 styles.
Dans le genre Stellaria, les fleurs présentent, en général, 3 styles, mais les pétales sont chacun profondément ou même complètement divisés en deux parties ; toutefois, il faut remarquer que certaines espèces d'Arenaria ont leurs pétales assez divisés et ont été classés par certains auteurs dans le genre Stellaria.
Les Cerastium semblent se distinguer nettement des genres précédents par leurs fleurs à 5 carpelles et à 5 styles et par leur fruit s'ouvrant, au sommet, au moyen de petites dents. Mais certaines espèces d'Arenaria, comme l'Arenaria biflora, ont des fleurs à 4 styles, et même à 5 styles. De plus, l'Arenaria purpurascens a un fruit qui s'ouvre au sommet par de petites dents comme le fruit des Cerastium. D'autre part, certaines espèces comme le Stellaria cerastioides (ou Cerastium trigynum) et le Stellaria viscida (ou Cerastium anomalum) fournissent des transitions entre les genres Stellaria et Cerastium, car ces espèces présentent normalement 3 styles comme les Stellaria et un fruit s'ouvrant par des dents au sommet comme les Cerastium. Au genre Cerastium s'adjoint le petit genre Mœnchia qui n'en diffère que par ses pétales non divisés.
Dana le genre Sagina, la fleur présente des pétales non divisés et le fruit est à 4 ou 6 valves. Le premier caractère le rapproche un peu du genre Arenaria, le second le relie plus encore au genre Sperqula, auquel on le réunit quelquefois, en s'appuyant aussi sur la présence fréquente de rameaux courts à feuilles développées, qui à l'aisselle des feuilles opposées donnent l'aspect de feuilles groupées en faisceaux ; ce caractère se trouve dans plusieurs espèces des deux genres.
Quant aux Spergula et Spergularia, le premier normalement avec fleurs à 5 styles, le second avec fleurs à 3 styles (parfois 5, 2 ou 1),on les place un peu à part à cause des stipules membraneuses qui se trouvent au bas de leurs feuilles. Il faut remarquer toutefois que la présence de ces stipules n'a pas une très grande importance. En effet, les stipules de ces plantes sont souvent réunies deux à deux par leur base en même temps qu'aux bases communes des deux feuilles opposées ; or, les feuilles opposées, réunies ainsi entre elles par leur partie inférieures ont parfois chez certaines espèces de Sagina ou d'Arenaria, quelquefois même exceptionnellement chez plusieurs Dianthus, de petites dents latérales qui représentent les stipules des Spergula ou des Spergularia. Ce dernier genre est d'ailleurs réuni aux Arenaria par divers auteurs.
Reste encore le petit genre Malachium, très voisin des Stellaria par ses caractères généraux et notamment par ses fleurs à pétales chacun profondément divisés en deux, mais qui en diffère par la présence de 5 styles dont la position correspond à l'intervalle des sépales au lieu de leur être opposés. On voit, en somme, que tous les genres de Caryophyllées, surtout dans le groupe des Alsinées, sont très voisins les uns des autres, et ne sont souvent définis que par des caractères assez peu importants.
AFFINITÉS DES CARYOPHYLLÉES AVEC LES AUTRES FAMILLES.
Les Caryophyllées du groupe des Silénées se rapprochent beaucoup des Frankéniacées par la forme et la constitution générale de la fleur, notamment celles des espèces du genre Dianthus qui ont une graine ayant à la fois un albumen et une plantule non courbée ; elles en diffèrent par le mode d'insertion des ovules dans l'ovaire et par les styles libres entre eux dans les Garyophyllées, et, au contraire, presque complètement réunis en un seul dans les Frankéniacées.
Nous verrons aussi que les Caryophyllées présentent des affinités avec de nombreuses familles : Élatinées, Linées, Géraniées et surtout avec les Paronychiées, les Amarantacées, les Salsolacées, les Phytolaccées, les Polygonées, cette dernière série de famille étant quelquefois réunie aux Caryophyllées pour former le grand groupe des Cyclospermées, caractérisé par la graine à plantule courbée entourant un albumen généralement farineux.