Les très nombreuses formes (sous-espèces, races, variétés et sous-variétés) que l'on groupe sous ce nom ont des aspects très divers et des fleurs de nuances très variées dans les teintes violettes, jaunes et blanches. Ce sont des plantes dont la taille est comprise entre 2 et 55 cm., qu'on trouve dans les champs, les endroits incultes, les prés, les sables, et qui peuvent fleurir de janvier à octobre.
Ces diverses formes ont toutes les caractères suivants :
Les tiges présentent, en longueur, des angles, plus ou moins marqués ; les feuilles supérieures et souvent les inférieures aussi sont plus longues que larges et dentées ; les stipules sont profondément divisées en 3 à 9 lobes dont les plus nombreux sont du côté de la stipule qui est extérieur au pétiole ; la fleur présente quatre pétales supérieurs rapprochés et dressés ; le pétale inférieur réfléchi est prolongé en un éperon dépassant, en général, très peu les appendices des sépales ; en tout cas, cet éperon n'est jamais plus de trois fois plus long que les appendices des sépales. Le fruit mûr renferme des graines luisantes, brunes ou d'un brun rougeâtre. Ce sont des plantes annuelles, bisannuelles ou viva-ces. (On a décrit de très nombreuses anomalies de la fleur chez cette espèce, telles que : fleurs devenues régulières avec 5 pétales à éperon ; fleurs anormales par le nombre des pièces florales, par exemple fleurs à 3 sépales, 8 pétales, 9 étamines, 6 carpelles ; fleurs avec excroissances colorées et aplaties à la base des pétales, etc.
On trouve assez souvent des graines renfermant plusieurs plantules)
Noms vulgaires.
En français : Pensée. Pensée-des-champs. Petite-Pensée ou Grosse-Pensée (suivant les formes). Violette-sauvage, Herbe-de-la-Trinité.
En allemand : Stiefmütterchen, Siebenfarbenblume, Freysamkraut, Dreifaltigkeislkraut, Denkblümchen, Tag-und-Nacht-Blümchen, Ackerviole, Je-langer-je-lieber. En Suisse allemande : Stiefmutterli, Denkegli, Denkblümli.
En flamand : Penseën, Groole-fleutte, Driekleurige-Viool, Mannekes-en-wuwekes (Pensée-de-jardin), Wilde-Pensée.
En italien : Panze , Viola-tricolore, Viola-di-tre-colori, Erba-della-Trinita, Suocera-e-nuora, Viola-farfalla, Viola-renajola, Viola-segalina, Viola-del-pensiero, Jacea-officinale.
En anglais : Heartsease, Pansy, Field-Pansy ou Garten-Pansy, Love-and-idle, Look-up-and-kiss-me, Cat's-face, Biddy's-eyes, Jack-behind-the-garten-gate.
Usages et propriétés. Les Pensées de jardin présentent des variétés très nombreuses ; les unes semblent dériver originairement du Viola tricolor, d'autres paraissent issues de croisements entre sous-espèces du Viola tricolor, ou parfois de croisements avec le Viola cornuta.
On distingue les « Pensées-à-grandes-fleurs. », les « Pensées-à-petites-fleurs », les « Pensées-à-grandes-macules » et parmi les « Pensées-anglaises » celles désignées sous le nom de Tu/led-Pansy. On les cultive par semis ou par bouturage pour orner les jardins au printemps. Certaines variétés, notamment les Tu/led-Pansy, peuvent fleurir aussi pendant l'été.
On cultive encore dans les jardins le Viola altaica Ker., espèce vivace, très voisine du Viola tricolor, sous le nom de « Pensée-vivace ». Certains amateurs pensent que toutes les autres Pensées de jardin dérivent de cette espèce ou de ses croisements avec le Viola tricolor. L'espèce sauvage est utilisée en médecine. La racine est vomitive. Toutes les parties de la plante sont amères et employées comme toniques, dépuratives, antiscrofuleuses ; on les administre en tisane et, souvent, on les associe au Séné.
Distribution. Ne s'élève pas, en général, au-dessus de 1.900 m. d'altitude. France, Suisse et Belgique : commun.
Europe : toute l'Europe. Hors d'Europe : Asie septentrionale et occidentale ; Nord de l'Afrique, Iles Canaries ; Amérique septentrionale.
On a décrit 5 sous-espèces, 42 races ou variétés et 10 sous-variétés de cette espèce. Les plus intéressantes sont les suivantes :
Viola saxatilis Schmidt (V. des rochers).
Pétales plus grands que les sépales, mais n'ayant pas, en général, deux fois la longueur des sépales ; pétales non veloutés ; éperon assez épais, plus court que la longueur des sépales, mais dépassant les appendices du calice ; stipules à lobes très étroits, disposés nettement à droite et à gauche sur les deux bords de la stipule ; plante annuelle ou bisannuelle, à racine principale persistante. Varie à pétales tous jaunes ou jaunâtres, ou les deux supérieurs tachés soit de bleu soit de violet. ( çà et là, surtout dans les endroits sablonneux des montagnes, de l'Ouest et du Centre de la France).
V. hortensis DC. (V. des jardins).
Fleurs de plus.de 3 cm. dans leur plus grande largeur ; pétales veloutés à teintes violettes, jaunes et blanches, ayant plus de deux fois la longueur des sépales ; éperon assez épais, plus court que la longueur des sépales mais dépassant les appendices du calice ; stipules à lobes très étroits disposés nettement à droite et à gauche sur les deux bords de la stipule ; plante annuelle ou bisannuelle, à racine principale persistante. Varie beaucoup dans les teintes des pétales. (Subspontané çà et là au voisinage des jardins).
V. arvensis Murray (V. des champs).
Pétales à peu près aussi longs que les sépales ou les dépassant légèrement, non veloutés ; éperon assez épais, plus court que la longueur des sépales, mais dépassant les appendices du calice ; stipules à lobes très étroits et disposés nettement à droite et à gauche sur les deux bords de chaque stipule ; plante annuelle, à racine principale persistante. Varie à pétales jaunes, d'un blanc jaunâtre ou plus ou moins violacés. (Commun, surtout dans les champs).
V. nemausensis Jord. (V. de Nîmes).
Pétales généralement plus petits que les sépales, parfois les dépassant un peu, non veloutés ; éperon assez épais, plus court que la longueur des sépales, mais dépassant les appendices du calice ; stipules à lobes très étroits, disposés nettement à droite et à gauche sur les deux bords de chaque stipule. Plante plus ou moins basse ou en touffes, annuelle, à racine principale grêle et persistante. Varie à pétales d'un violet bleuâtre, ou jaunâtres, ou blancs ou tricolores. (Midi, Ouest, Pyrénées-Orientales).
V. rothomagensis Desf. (V. de Rouen).
Pétales ayant 2 à 3 fois la longueur des sépales ; éperon violacé, un peu élargi au sommet, ayant au moins deux fois la longueur des appendices du calice ; stipules très développées, à lobe terminal ressemblant un peu au limbe d'une feuille, à lobes situés à droite et à gauche,assez étroits ; fleurs épanouies ayant ordinairement plus d'un centimètre dans leur plus grande largeur, terminant des pédoncules qui sont plus longs que les feuilles ; feuilles inférieures petites, à limbe arrondi et en cœur renversé. Plante toute couverte de poils ou plus rarement sans poils ; vivace à tiges souterraines se ramifiant. Fleurs à pétales violets, souvent jaunes ou jaunâtres à leur base. (Coteaux de Saint-Adrien, près Rouen ; environs de Romilly-sur-Andelle dans l'Eure). Une forme sans poils, à feuilles vertes et charnues, « Viola cryana Gillot », se trouve sur les coteaux des environs de Cry et de Nuits-sous-Ravières, dans l'Yonne).
V. lutea Sm. (V. jaune).
Pétales notablement plus longs que les sépales ; éperon, grêle ou épais, ayant 3 à 5 fois la longueur des appendices du calice ; stipules à lobes disposés en éventail ; un ou plusieurs des lobes inférieurs dirigés vers le bas. le lobe terminal de la stipule plus grand que les autres et souvent denté. Fleurs ayant de 1 à 4 cm. dans leur plus grande largeur. Feuilles inférieures ovales, souvent en cœur renversé, parfois étroites, les autres plus allongées ou plus grandes. Fleurs d'un beau violet, jaunes ou jaunâtres mêlées de bleu violacé, rarement blanches. (Vosges, Plateau-central, Montagnes de la Drôme et de l'Ardèche, Lus-la-Croix-Haute, Montagne-Noire, Pyrénées, Montagnes de l'Hérault, etc. ; Alpes de Suisse ; Belgique, dans les bassins de la Vesdre et de la Gueule).
V. calaminaria Lej. (V. de la calamine).
Fleurs jaunes ou jaunâtres teintées de bleu à éperon grêle ; feuilles inférieures étroites, les autres allongées longuement rétrécies à la base. Fleurs de 20 à 25 mm. de largeur ; plante se multipliant par les ramifications de la tige souterraine ; fruits mûrs à valves arrondies sur le dos. (Belgique, très rare mais abondant dans les localités où on la trouve : terrains riches en calamine (minerai de zinc) dans les parties supérieures des vallées de la Vesdre et de la Gueule ; cette race peut se cultiver dans un sol complètement dépourvu de zinc).
V. bubanii Timb. (V. de Bubani).
Fleurs violettes à éperon gros et en cône, ayant 5 à 6 fois la longueur des appendices du calice. Fleurs de 15 à 30 mm. dans leur plus grande largeur ; sépales inférieurs à appendices très ciliés ; feuilles inférieures arrondies, crénelées sur les bords. Plante plus ou moins velue, à tige souterraine rameuse. (Pyrénées centrales et orientales ; Pradelles-Cabardès dans l'Aude).
V. elegans W. Becker (V. élégante).
Fleurs d'un jaune soufre, à éperon bleu, rarement tout à fait violettes ou mêlées de jaune et de bleu violacé ; tiges sans poils, de 10 à 25 cm., rampantes, non rameuses, stipules et feuilles poilues. Plante à tiges souterraines, ramifiées. (Alpes de Suisse).
V. sudetica Willd. (V. de Silésie).
Fleurs violettes, rarement blanches, de 3 à 4 cm. dans leur plus grande, largeur ; pétales souvent dentelés, brusquement atténués à leur base. Plante ayant, en général, de 15 à 45 cm. de hauteur. (çà et là dans les Vosges, le Plateau-central, la Montagne-Noire, la Salvetat).
V. gracillima Chatenier (V. très grêle).
Fleurs violettes, de 15 à 20 mm. dans leur plus grande largeur, portées par des pédoncules grêles et très allongés ; éperon ayant environ 2 fois la longueur des appendices du calice. Plante de 8 à 12 cm., à feuilles inférieures rapprochées les unes des autres. (Lus-la-Croix-Haute, Montagnes de la Drôrne et de l'Ardèche, Puy-de-Dôme, etc.).
V. sabulosa Bor. (V. sableuse).
Pétales notablement plus longs que les sépales ; éperon étroit, plus long que les appendices du calice. Stipules à lobes aigus et disposés en éventail. Fleurs épanouies ayant plus d'un centimètre dans leur plus grande largeur. Feuilles supérieures très étroites. Plante presque sans poils, à tiges nombreuses partant presque d'un même point, bisannuelle, à racine principale persistante. Pétales supérieurs violacés, l'inférieur largement en coin et jaune à la base. (Dunes de la Manche, surtout au delà de l'embouchure de la Somme vers le Nord ; dunes de Belgique).
V. vivariensis Jord. (V. du Vivarais).
Pétales ne se recouvrant pas les uns les autres, notablement plus longs que les sépales ; éperon un peu aplati, ayant presque deux fois la longueur des appendices du calice. Pédoncules grêles, bien plus longs que les feuilles ; celles-ci d'un vert foncé, les inférieures ovales en cœur renversé, les autres plus étroites. Fleurs ayant les quatre pétales supérieurs d'un bleu clair, l'inférieur jaune rayé de bleu. Plante à racine principale persistante, bisannuelle ou pérennante, c'est-à-dire pouvant vivre plusieurs années. (çà et là dans les montagnes de la Drôme et de l'Ardèche. du Sud du Plateau-central, de l'Hérault, du Gard, de l'Aude, etc.).