C'est une plante assez singulière par son aspect, par la forme variée de ses feuilles et par son mode de végétation. Lorsque la plante est en fleurs, de janvier en avril, et jusqu'en mai dans les montagnes, on voit que la tige qui se développe dans l'air, de 30 à 70 centimètres de hauteur, est presque ligneuse, marquée par les cicatrices des feuilles tombées, et dépourvue de feuilles vers le bas, très feuillée au contraire au-dessous de la partie supérieure, fleurie. Les petites glandes verdâtres qui couvrent le haut de la plante donnent à la partie fleurie une odeur désagréable.
Les fleurs sont nombreuses, à pédoncules plus ou moins recourbés en arc, à sépales verts ou verdâires souvent bordés de rosé foncé ou de pourpre ; les sépales restent rapprochés les uns des autres lorsque la fleur est éclose ; ils ne s'écartent que plus tard, en persistant autour du fruit. Les étamines sont, en général, sensiblement plus longues que les pétales. (On peut trouver des intermédiaires entre les étamines et les carpelles ; ce sont parfois des sortes de carpelles ouverts, portant une anthère à leur sommet). Les pétales, entourant les étamines, au nombre de 8 à 10 en général, sont presque entièrement constitués par un tube ouvert au sommet, fermé à la base et porté par une partie étroite, courte, cylindrique qui le rattache au réceptacle de la fleur. Ce tube est d'une teinte spéciale dans son quart ou son cinquième inférieur, et cette teinte indique la partie nectarifère. Le liquide sucré ou nectar peut monter, suivant les circonstances, à un niveau plus ou moins élevé dans le tube que forme le pétale. Si l'on regarde les feuilles de la plante fleurie, depuis une feuille de la base jusqu'aux dernières bractées qui avoisinent les sépales, on peut observer toute une série de transitions entre ces deux types extrêmes. Les feuilles de la base ont une gaine assez courte, un long pétiole et un limbe divisé en folioles allongées et dentées en scie sur les bords ; chez certaines feuilles situées plus haut, on voit la gaine plus grande, le pétiole et le limbe plus petits ; plus haut encore, on trouve des feuilles réduites à une gaine élargie, terminée par quelques lobes étroits qui représentent le limbe ; enfin, tout près des fleurs, on trouve les feuilles réduites à une gaine ovale et non divisée.
Cette plante se rencontre sur les coteaux et au bord des chemins, ou encore sur les rochers et les pentes des montagnes. On voit ses feuilles pendant toutes les saisons, parce que chaque rosette de feuilles persiste pendant plus d'un an. Après la germination d'un pied, issu de graine, la plante ne fleurit qu'au bout de la quatrième année au plus tôt, au bout de la neuvième année au plus tard, et, en général, après avoir fleuri, elle meurt complètement, y compris ses parties souterraines. Parfois, il se produit des bourgeons de remplacement, à la base de la tige ; mais la plante meurt le plus souvent après une seconde floraison. Ce n'est donc ni une espèce annuelle, ni une espèce vivace ; c'est une espèce perennante. La plante est sans poils, à racine principale persistante et épaisse.
Noms vulgaires. En français : Pied-de-griffon, Rose-de-serpent ; Patte-d'ours, Mords-cheval. En allemand : Hohe-Nieswurzel, Bärenfuss, Läussekraut. En flamand : Nieswortel, Brandwortel. En italien : Elabro-puzzolente, Erba-Nocca-bastarda, Cavolo-di-lupo-maschio. En anglais : Setter-wort.
Usages et propriétés. Cultivé parfois dans les jardins ; c'est une plante très résistante qui peut être utilisée pour garnir les massifs pendant l'hiver. Les abeilles, par les beaux jours d'hiver, même lorsqu'il y a plusieurs degrés au-dessous de zéro, vont récolter le nectar qui se trouve dans les pétales en cornet. Les feuilles, en poudre ou en infusion, ont été employées comme vermifuge et contre les maux de dents ; remède dangereux ; usité en médecine vétérinaire pour établir des exutoires. Vénéneux.
Distribution. Peut se trouver sur divers terrains (schistes, calcaires, poudingues, psammites, etc.), mais préfère souvent les terrains calcaires ; ne s'élève pas, en général, à plus de 1.500 mètres d'altitude. France : Commun dans une grande partie de la France, moins commun dans le Sud-Ouest et dans la partie littorale de la Région méditerranéenne ; manque en Bretagne. Suisse : assez commun ; mais fréquent dans la partie orientale. Belgique : assez commun dans la Région houillère, rare dans les Régions jurassique et de l'Ardenne.
Europe : Europe occidentale et centrale.