Cette espèce, bien connue sous les noms de « Brande » ou de « Bruyère commune » se développe en grande quantité sur les sols siliceux des bois, des landes, des coteaux arides, dans les tourbières et sur les montagnes de presque toutes les contrées de notre Flore. Grâce à son abondance dans les endroits où elle croît, cette espèce, au moment de la floraison, forme souvent des masses indéfinies, où domine la couleur rose, et qui donne alors au paysage, sur les coteaux, dans les landes ou les sous-bois, un aspect très décoratif. La taille de la plante peut varier de 10 cm à 1 mètre, et ses fleurs d'un rose plus ou moins clair ou foncé, rarement blanches, s'épanouissent depuis la fin de juillet jusqu'en septembre, parfois encore en octobre. Les fleurs sont disposées en grappes simples et assez lâches, allongées, au sommet de la tige et des rameaux.
Les feuilles, relativement très petites, sont opposées, placées sur 4 rangées longitudinales, le plus souvent serrées les unes contre les autres, sans pétiole, assez épaisses et allongées, étroites et entières sauf qu'elles se prolongent à leur base par deux petits appendices étroits, rapprochés l'un de l'autre ou même soudés entre eux ; ces feuilles sont un peu convexes sur le dos et un peu concaves du côté interne. Le calice est de consistance membraneuse et de même couleur que la corolle ; il est entouré à sa base de petites bractées vertes serrées les unes contre les autres ; les 4 sépales du calice sont ovales et obtus au sommet. Comme la corolle est presque complètement cachée par le calice, c'est l'ensemble des calices qui forme la partie visible et colorée des fleurs. La corolle, de moitié plus courte que le calice, est à 4 lobes, de contour à peu près triangulaire, profondément séparés les uns des autres. Les 8 étamines ne dépassent pas la corolle. D'abord soudées entre elles par leurs anthères, dans le bouton très jeune, ces étamines se séparent ensuite les unes des autres et les deux orifices latéraux, allongés, par où sortira le pollen, sont à la place qui marquait la soudure des anthères entre elles. Le style est saillant, dépassant beaucoup la corolle. Les fruits mûrs, presque globuleux, sont couverts de poils et s'ouvrent par 4 valves.
C'est un sous-arbrisseau tortueux, très rameux, à rameaux effilés et dressés, dont l'écorce est d'un brun-rougeâtre. La plante se perpétue et se multiplie abondamment par les divisions de ses tiges souterraines. Des exemplaires, provenant du même pied initial, ont été cultivés comparativement, sur un sol de même nature : dans la plaine à Pierrefonds (Oise), à Fontainebleau ; dans les Pyrénées à Cadéac (700 m d'altitude) et au Col de la Paloume sur la chaîne de l'Arbizon (2.400 m d'altitude) ; dans les Alpes à l'Aiguille-de-la-Tour sur la chaîne du Mont-Blanc (2.400 m d'altitude). Les échantillons des stations supérieures sont devenus complètement aplatis sur le sol et leurs vieux rameaux étaient tordus, aplatis ou contournés, par rapport à ceux des altitudes inférieures ; ces échantillons cultivés à 2.400 m d'altitude présentent des jeunes pousses beaucoup plus courtes, à feuilles moins longues et plus serrées, ce qui modifie beaucoup l'aspect des rameaux feuillés ; les fleurs y sont disposées en grappes moins longues et plus serrées, bien que chaque fleur soit au moins aussi grande que dans la plaine ; ces fleurs sont d'un rose notablement plus foncé et les feuilles sont d'un vert plus intense. (On a rencontré des exemplaires anormaux de cette espèce à fleurs sans étamines, d'autres à fleurs à étamines plus ou moins transformées en pétales, etc.).
Noms vulgaires. En français : Bruyère, Bruyère-commune, Brande, Bucane, Grosse-Bruyère. En anglais : Ling, Common-Ling, Long-Heath, Heather. En allemand : Heidekraut, Gemeine-Heide, Besenheide, Brandheide. En flamand : Bezemheide, Bessemhei, Struikheide, Heidekruid. En italien : Sorcelli, Brentoli, Scopa, Crecchia.
Usages et propriétés. La plante peut être consommée par les bestiaux. Les tiges et les fleurs fournissent une teinture jaune ; on emploie la plante pour le chauffage et quelquefois pour obtenir du charbon ; en certaines régions, elle est substituée au houblon pour la fabrication de la bière ; on en fait de la litière, des balais, des matelas grossiers ; on l'a utilisée pour confectionner de petits balais spéciaux servant à l'élevage des vers à soie ; dans le Nord de l'Europe, l'espèce sert au tannage des peaux ; en plusieurs contrées de Normandie, les tiges desséchées sont usitées pour recouvrir et protéger les murs en terre.
Cultivé comme plante ornementale pour faire des bordures dans les parcs ; on en connaît de nombreuses variétés horticoles à fleurs blanches, roses, à fleurs doubles ou encore à feuillage soit doré, soit argenté. Les fleurs sont une ressource de très grande importance pour les abeilles qui récoltent un nectar souvent très abondant sur le nectaire formant un anneau à la base de l'ovaire, tissu nectarifère qui porte 8 protubérances régulièrement disposées ; le miel fourni par ce nectar contient presque exclusivement des glucoses, et en outre une substance plus ou moins visqueuse qui empêche le miel d'être facilement extrait des rayons de cire le contenant ; ce miel est de qualité inférieure et employé souvent pour la fabrication du « pain d'épices » ; il fournit, par fermentation, un excellent hydromel.
L'espèce est souvent très envahissante dans les forêts ou les bois, et s'oppose alors aux repeuplements forestiers à cause de ses nombreuses tiges souterraines enracinées non loin de la surface du sol ; les débris de terreau de la plante, mêlés à du sable siliceux constituent ce qu'on nomme la « terre de bruyère », employée en horticulture. Les fleurs sont diurétiques ; les feuilles sont employées pour soigner les coupures et contre les maladies des yeux. La plante contient de l'acide fumarique, du tanin, de l'acide citrique, de l'arliutine, de la quercétine, de l'éricine, de l'éricoline, de l'arbutase (qui se dédouble en hydro-quinone et glucose), des pentosanes ; les cendres donnent, pour cent : 2 à 10 de potasse ; 30 à 45 de silice ; 12 à 33 de chaux ; 1 à 12 de soude ; il est à remarquer que cette plante, qui croît sur les terrains siliceux et non calcaires, renferme une forte proportion de chaux extraite par ses racines d'un terrain qui en contient fort peu.
Distribution. Peut s'élever et croître en masse jusque dans la zone alpine des Pyrénées ; ne se trouve, au contraire, en général, qu'à des altitudes relativement peu élevées, dans les Alpes, bien qu'il puisse y atteindre en Suisse, exceptionnellement, jusqu'à 2.720 m d'altitude ; ne dépasse pas dans le Jura la zone des sapins ; préfère les terrains siliceux, et, en général, ne se trouve au milieu des terrains calcaires que lorsque ceux-ci sont couverts de dépôts provenant de roches erratiques siliceuses ou encore de sable produit par des grès intercalés dans les calcaires, ou enfin lorsque les calcaires ont été imprégnés d'un terrain siliceux ; la plante n'est cependant pas absolument rebelle aux sols calcaires et semble rechercher surtout les terres renfermant une certaine proportion de potasse. France : commun ou très commun. Suisse : commun. Belgique : commun.
Europe : presque toute l'Europe jusqu'en Islande et jusqu'aux rivages de l'Océan Glacial Arctique. Hors d'Europe : Nord-Ouest de l'Asie ; très rare en Asie-Mineure ; Nord de l'Afrique ; Amérique boréale.
On a décrit 3 variétés de cette espèce ; ce sont les suivantes :
Variété incana Rchb. (blanchâtre)
Feuilles et rameaux plus ou moins poilus ou velus, d'un aspect grisâtre, parfois même d'un blanc-grisâtre. (Normandie, Environs de Paris dans les forêts de Fontainebleau et de Rambouillet).
Variété condensata Lamotte (condensée).
Rameaux tous très courts, à feuilles extrêmement serrées les unes contre les autres. (Auvergne, Cévennes, Lozère, etc.).
Variété patula, Rouy (étalée).
Feuilles étalées et assez écartées les unes des autres. (Çà et là dans les endroits humides).