C'est un arbrisseau ou un petit arbre, de 2 à 8 m. de hauteur, qui croît dans les forêts, les bois, les taillis, les haies de presque toute notre Flore. Ses petites fleurs jaunâtres ou d'un jaune verdâtre se montrent d'avril à juin ; ses fruits mûrissent à la fin de l'été et en automne. Les feuilles sont opposées sur les jeunes rameaux et sont plus ou moins groupées en apparence lorsqu'elles proviennent de bourgeons nés sur les anciens rameaux. Les rameaux sont, en général, opposés et souvent épineux au sommet. Les feuilles sont pétiolées ; leur limbe est ovale-aigu, régulièrement denté, d'un vert assez foncé en dessus. Les nervures secondaires sont aussi saillantes que la nervure principale, et toutes ces nervures, au nombre de 5 ou 7 (rarement 9) convergent vers le sommet de la feuille. Les 4 pétales sont plus courts que les sépales ; les étamines sont plus longues que les pétales. Les fleurs peuvent être toutes staminées, toutes pistillêes ou mêlées de fleurs stamino-pistillées. Les fruits, mûrissant en automne, sont d'abord verdâtres. puis noirs ou d'un violet noirâtre à la maturité. Les bourgeons sont d'un noir brunâtre, leurs écailles, presque disposées en spirale, ont des cils sur les bords. L'écorce, d'un noir brun, est lisse et luisante sur les rameaux pendant quelques années, et se détache en travers en formant de minces membranes circulaires ; plus tard, elle présente de nombreuses gerçures. Le bois jeune est blanc, puis jaune avec le cœur d'un brun rougeâtre clair. (On trouve des exemplaires à feuilles alternes, et non opposées, sur les rameaux).
Noms vulgaires. En français : Nerprun, Noirprun, Epine-de-Cerf, Bourge-épine, Epine-noire. En allemand : Hirschdorn, Purgier-Kreuzdorn. En flamant : Zuiverende-Spork. En italien : Spino-cervino, Spino-merlo, Spina-santa, Spino-di-Christo, Spincervo. En anglais : Commun-Buckthorn.
Usages et propriétés. Cultivé comme plante ornementale, et planté aussi pour faire des haies impénétrables. Le bois est utilisé par les tourneurs, dans la marqueterie, et sert à fabriquer des cannes. En traitant les fruits par l'alun ou par la chaux, on en retire la couleur appelée « vert-de-vessie » ; les fruits non mûrs fournissent, aussi une couleur jaune, et les fruits mûrs une couleur orange ou brune. L'arbrisseau émet une odeur désagréable ; cependant les bestiaux (sauf souvent les vaches) ne refusent pas de le brouter......Les fruits, dont la saveur est d'abord douce, puis amère, puis repoussante, sont purgatifs. Ils sont utilisés pour préparer le « sirop de nerprun », purgatif usité surtout dans la médecine vétérinaire. Les fruits mûrs verdissent sous l'action des alcalis et rougissent sous celle des acides ; on peut avec le suc de ces fruits révéler la présence d'une petite quantité d'acide ou d'alcali. Les feuilles et les tiges renferment, d'après Waljasko et Krassowski, les glucosides suivants : la rhamnoxanthine (C21 H23 O10) l'émodine (C15 H12 O6), la rhamnétine (C16 H19 O2), la rhamnocathartine (C27 H30 O4, 1/2 H2 O) l'émodinanthranol (C15 H12 O4), et la xanthorhamnine (C48 H66 O29) ; on y trouve divers sucres tels que dextrose, galactose, rhamnose ainsi que des pentoses. D'après Tschirch, la couleur jaune provenant des fruits est la rhamnocitrine (C18 H10 O5), et, la couleur orange est la rhamnochrysine, (C13 H12 O7). Le principe purgatif est la rhamnoénodine. Les graines renferment une huile qui contient dos acides oléique, stéarique, linolique, palmitique, butyrique et de la glycérine.
Distribution. Ne dépasse pas, en général, 1.250 m. d'altitude, sur les. montagnes. France : commun ou assez commun ; peu commun dans le Nord de la France et en Normandie ; rare dans le Midi et en Bretagne. Suisse ; commun. Belgique : assez rare ; manque dans la Région littorale.
Europe : presque toute l'Europe. Hors d'Europe : Nord et Sud Ouest de l'Asie ; Algérie.
On a décrit une, variété de cette espèce ; c'est la suivante :
Variété silvatica Cariot et Saint-Lager (des bois).
Rameaux terminés par une épine très faible ; feuilles ayant, en général, 9 nervures peu convergentes vers le sommet, sans poils, à limbe se prolongeant un peu sur le pétiole. (Environs de Gap à la Roche-des-Arnauds, Rabou ; environs de Barrême et de Castellane ; Pyrénées ; montagnes de Provence).